dimanche , 22 février 2026

Acide sulfurique

Auteure: Amélie Nothomb

Editeur: Albin Michel – 2005 (192 pages)/Le Livre de Poche – 2007 (212 pages)

Lu en novembre 2025

Mon avis: On sait que la téléréalité ne s’encombre guère de scrupules éthiques, mais là, ça y va fort. La dernière trouvaille ? « Concentration », oui, comme les camps nazis de la deuxième guerre mondiale : on rafle des gens dans la rue, on les embarque dans des camions, on les déshumanise en les affublant d’un numéro de matricule, on recrute des kapos pour les torturer et les humilier, on exploite leur force de travail jusqu’à ce qu’ils crèvent ou que le vote du public décide de leur exécution. Tout pareil, donc, ou presque. Ici, tout est filmé et retransmis en direct à la télévision. Et le pire ? L’audimat crève tous les plafonds. Tout le monde a beau trouver cela abject, atroce, inhumain, tout le monde en parle, tout le monde regarde, les médias font dans la surenchère sensationnaliste, et tout le monde laisse faire.

Il faut dire qu’en plus de cette fascination morbide pour l’horreur, l’émission a su créer un certain suspense qui rend tout le monde accro : qu’en sera-t-il de la relation entre la jeune et sublime Pannonique (prisonnière CKZ114) et Zdena, devenue kapo pour sortir du chômage et tombée amoureuse de ladite CKZ114 ?

Il ne faut pas trop chercher de vraisemblance dans cette fable : à partir du moment où tout est filmé en permanence, les cachotteries des uns et des autres ne sauraient passer inaperçues, contrairement à ce que le livre sous-entend. Et comment peut-on imaginer qu’absolument personne (ni homme politique, ni mouvement citoyen,…) ne se révolte contre une telle aberration ? A moins que les esprits soient à ce point lobotomisés par la télévision ? A quel point cette dystopie est-elle futuriste et irréaliste ?

Quoi qu’il en soit, c’est avec une belle dose de culot qu’Amélie Nothomb dénonce les dérives de la téléréalité, de la course à l’audience et à la célébrité, du voyeurisme et des instincts primaires.

On trouve aussi des thèmes chers à l’auteure, tels que l’influence du prénom, la beauté physique, l’intelligence et l’importance du langage, le rôle de Dieu dans ce bien bas monde.

Un court roman qui pousse à réfléchir sur le fait que le succès de la téléréalité n’existe que parce que le public en redemande.

#LisezVousLeBelge

Présentation par l’éditeur:

Vint le moment où la souffrance des autres ne leur suffit plus : il leur en fallut le spectacle.

Evaluation :

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