vendredi , 21 juin 2019
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Si tu passes la rivière

Auteur: Geneviève Damas

Éditeur: Le Livre de Poche – 2014 (106 pages)

Prix Victor Rossel 2011

Lu en décembre 2014

si tu passes la rivièreMon avis: Aujourd’hui 28 décembre, fête des Saints-Innocents, me semble le jour idéal pour vous raconter l’histoire de François, 17 ans, « du vent dans la tête et des cochons comme amis ». François vit à la ferme avec son père et ses deux frères aînés, on ne sait pas où, on ne sait pas quand. Mais on sait comment : la vie est rude, l’ouvrage ne manque pas, le paternel est autoritaire, les frangins bourrus, tous sont taciturnes. Faut dire que le mauvais sort ne les a pas épargnés : la mère a disparu peu après la naissance de François, Maryse, la grande soeur adorée, s’est enfuie de l’autre côté de la rivière pour ne jamais revenir, le frère Jean-Paul est mort en tombant du toit. Mais chez ces gens-là, on ne parle pas de ces choses, pas plus qu’on ne montre ce qu’on ressent au-dedans. Les larmes, c’est tout juste bon pour couler à l’intérieur. Alors François se confie, dans son langage enfantin, à ses seuls amis, Oscar le cochon, puis Hyménée la truie. Considéré comme le simplet du village, il s’interroge pourtant sur ces disparitions dont le sens lui échappe. Il se demande aussi pourquoi son père lui interdit de passer la rivière. François voudrait comprendre. Il pressent que les clés pourraient se trouver au cimetière, mais voilà, il ne sait pas lire les inscriptions sur les tombes. Comment retrouver celle de sa mère, dans ces conditions ? Alors François a l’idée de sa vie, il demande à Roger, le curé, de lui apprendre à lire. Et la vie de François change… Sous les auspices de la Comtesse de Ségur, la cure devient un peu son « auberge de l’ange gardien », son refuge où il trouve réconfort et amitié. François s’humanise, comprend qu’il est autre chose qu’un cochon, grâce à la lecture, mais aussi aux rencontres, puisque désormais c’est lui qui vend les produits de la ferme au marché du village. Peu à peu le voile se lève sur les secrets de famille. Et la rivière n’est peut-être pas aussi infranchissable qu’on le dit…
Quête d’identité, lourds secrets, amour, violence, amitié sont au coeur de ce court roman, qui démontre que la lecture, la connaissance sont autant de portes vers la liberté, et ouvrent des horizons jusque-là bouchés par des rivières, symboliques ou non. Ces 155 pages sont bourrées d’humanité, d’émotions, de tendresse, de drôlerie, de naïveté mais aussi de profondeur. Faussement simple, ce récit est terriblement sensible, touchant, et finalement optimiste. On dit que la foi soulève les montagnes. Voici une nouvelle expression pour 2015 : la lecture fait franchir les rivières.

Présentation par l’éditeur: 

Il lui avait dit, son père, de ne jamais passer la rivière. À dix-sept ans, François se souvient encore de la mise en garde paternelle, alors qu’il était haut comme trois pommes. Il a grandi dans une ferme, où il a trouvé pour confidents Oscar et Hyménée, deux cochons, ses amis. Dernier d’une fratrie de cinq enfants, il voit bien qu’il ne ressemble pas aux autres. Il se demande pourquoi son père lui a fait jurer de ne jamais franchir la rivière, pourquoi il n’a pas connu sa mère, pourquoi sa sœur est partie de l’autre côté. À la recherche de réponses, il se lie d’amitié avec plusieurs villageois. Grâce à eux il découvrira le mystère de ses origines et la personne par qui tout a commencé. L’accession d’un être à la conscience de soi, le rôle providentiel des figures maternelles ou encore la place essentielle de la culture et de la littérature… autant de thèmes que l’auteur aborde, dans ce premier roman, avec profondeur et sensibilité.

Quelques citations:

“Parce que, qu’est-ce qui peut apporter plus de joie que d’être lié à quelqu’un, c’est ça que je me dis. Peu importe qui. Moi, C’est Hyménée [la truie], mais ça aurait pu être le rouge-gorge que je vois chaque matin sur la barrière ou notre vieux teckel Sammy, ou mon père ou qui tu veux. L’important, c’est d’être lié à quelqu’un qui se lie à toi”.

– “Le lundi suivant, mon Roger, il avait la tête de la soupe qu’est restée sur le bord de la fenêtre pendant trois jours, qui te fait des bouillons toute seule et si par hasard tu l’avales, tu n’es pas beau à voir”.

Evaluation :

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