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Le monde extérieur

Auteur: Jorge Franco

Editeur: Métailié – 17 mars 2016 (267 pages)

Prix Alfaguara 2014

Lu en mars 2016

le monde extérieurMon avis: En 1971, à Medellin, Colombie, les gangs de narcos ne s’entre-tuent pas encore sur la place publique et la ville n’a pas encore acquis sa sulfureuse réputation de repère de barons de la drogue, mais elle en prend tout doucement le chemin. En effet, Mono et sa petite bande de malfrats un tantinet bras cassés ont enlevé Don Diego, riche homme d’affaires, de quoi se faire de l’argent facile et une belle vie avec la colossale rançon que la famille ne manquera pas de payer. Croient-ils.

Don Diego vs Mono, tout les oppose : quartier riche et quartier pauvre, train de vie de sénateur et voyou à la petite semaine, opéras de Wagner et musique de juke-box, l’un vieux, prudent et réac, l’autre jeune, rebelle et tête brûlée. Un seul point commun entre les deux hommes : leur obsession pour Isolda, la fille de Don Diego.

Isolda, la blonde Isolda, petite princesse choyée par son père qui a fait bâtir une réplique de château-fort pour la protéger du monde extérieur si menaçant. Isolda, petit lutin doré, qui se sent pourtant enfermée dans ces hauts murs et dans ses robes de poupée, et qui, à la moindre occasion, s’échappe dans le vaste parc autour de la maison pour s’amuser avec ses chimères. Isolda l’inaccessible, épiée du haut des branches des arbres par Mono ou les gamins des quartiers défavorisés.

Le roman, centré sur l’enlèvement de Don Diego, alterne les époques, remontant le temps jusqu’à la rencontre de celui-ci avec sa future femme en Allemagne, et croise les points de vue, observant tour à tour le quotidien des ravisseurs et de leur précieux otage pendant les semaines de séquestration, et celui du château, où la police piétine près du téléphone. Le tout est encore parsemé d’épisodes où l’on suit la douce et aérienne Isolda dans son exploration du parc, interludes qui agissent comme de petites respirations oniriques et sereines dans un récit par ailleurs tendu et sombre.

Bien écrit, bien construit, malgré la touche fantastique qui tombe un peu à plat, ce roman, inspiré de faits réels, vaut surtout pour le huis-clos entre Mono et Don Diego, et la lutte psychologique où chacun tente de prendre l’ascendant sur l’autre, où chacun comprend, ou comprendra plus tard (trop tard), que l’amour obsessionnel rend prisonnier et conduit à la perte, de soi-même et de l’ « objet » aimé. Une histoire d’enlèvement qui joue sur les thèmes de la vie et la mort, et de l’éternelle opposition entre liberté et évasion d’une part, et enfermement physique et mental d’autre part, et qui montre que le sort, ironique, contrarie les choix des hommes et souffle des grains de sable dans leurs projets les mieux réfléchis. L’emprisonneur emprisonné, en somme… La fin du roman reste (paradoxalement) ouverte, mais on sent que ça ne peut pas bien se terminer.

Se méfier du monde extérieur ? À voir… mais surtout à lire…

En partenariat avec les éditions Métailié.

Présentation par l’éditeur:

En 1971, à Medellín, un riche homme d’affaires est enlevé. Grand admirateur de la culture allemande, il avait fait construire au centre d’un vaste parc tropical un pastiche de château fort. Il y vivait à l’abri du monde en écoutant Wagner entouré de sa femme et de sa fille, Isolda. Fuyant l’atmosphère oppressante de la demeure, l’adolescente trompe sa solitude dans le parc. Elle y évolue dans un monde de fées, de lucioles et d’esprits des bois, mais aussi sous l’œil fasciné de Mono et des gamins des quartiers pauvres.

La police quadrille la ville sans succès, les négociations de la rançon piétinent. Mono est l’un des ravisseurs, et des menaces invisibles venues du monde extérieur se glissent silencieusement entre les arbres du parc.

S’inspirant de faits et de personnages réels (l’un des complices de Mono se nommait Pablo Escobar), dans une Medellín qui ne va pas tarder à basculer dans la spirale de la violence et du trafic de drogue, Jorge Franco construit, avec un remarquable sens de la tension, un conte de fées ténébreux, chronique d’un crime et histoire d’une obsession amoureuse, celle du kidnappeur pour la fille de son otage.

Un roman fantastique à mi-chemin entre les frères Grimm et les frères Cohen.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Avatar

    Voilà un roman très attractif entre violence et douceur. Une critique très bien menée. Merci du partage.

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