mardi , 23 juillet 2019
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Une touche d’amour

Auteur: Jonathan Coe

Editeur: Folio – 2004 (288 pages)

Lu en 2012

une touche d'amourMon avis: La quatrième de couverture est trompeuse (une fois de plus…). On s’attend à ce que cette histoire d’outrage à la pudeur soit au centre du roman, mais, même si elle aura des effets désastreux, elle est accessoire, un peu comme si elle ne servait qu’à mettre en scène un personnage supplémentaire (l’avocate, avec ses états d’âme). Parce que le roman est en réalité centré sur le mal-être de Robin, éternel étudiant traînant depuis quelques années sur une thèse « totale », si ambitieuse qu’elle en est impossible à rédiger. Robin est asocial, dépressif, dans l’état schizophrénique de l’écrivain qui se sait raté mais qui ne se voit pourtant pas d’autre raison d’être que l’écriture.
En témoignent les quatre récits écrits par Robin, intercalés dans la deuxième partie de chacun des quatre chapitres du roman (admirez la technique au passage). Il s’agit à chaque fois d’une relation entre un homme et une femme, où le prénom de l’homme commence toujours par « R » (comme Robin), et celui de la femme par « K » (comme celle dont Robin a été l’amoureux transi pendant des années). Ces récits, dont la qualité littéraire est (volontairement) douteuse, reflètent à la fois les « regrets éternels » de Robin, ainsi que sa vie amoureuse et son talent lamentables.
Faut-il préciser que toutes ces histoires (tant les quatre récits que le roman) finissent mal ?
J’ai eu du mal à rentrer dans ce livre, peut-être en raison de sa construction, pourtant ingénieuse, mais qui en hache le fil. Il me reste un sentiment de déception, et j’en ai presque honte parce que c’est la première fois que ça m’arrive avec J. Coe. Mais apparemment je ne suis pas la seule à penser cela: ce roman (le deuxième de Coe) est simplement moins bon que les autres…
Pas mauvais, donc, simplement moins abouti, moins réussi au niveau de sa complexité et de son aspect choral. L’humour est moins présent également. Par contre, l’écriture et le style, talentueux, sont déjà reconnaissables, ainsi que l’autre marque de fabrique de l’auteur : la critique virulente de la société anglaise ultra-libérale en général, et en particulier ici, du milieu universitaire.
Surtout que ceci ne vous ôte pas l’envie de lire les autres romans de Jonathan Coe…

Présentation par l’éditeur:

Robin Grant est étudiant à Coventry, où il traîne sa thèse en littérature depuis quatre ans. Solitaire, égocentrique, amorphe, il mène une existence sans amour et sans amitié. Profondément dépressif, il exprime sa vision du monde et son sens de la fatalité en écrivant des récits à l’humour cotonneux. Le monde extérieur va pourtant le toucher de plein fouet lorsque, soupçonné de s’être exhibé devant un petit garçon, il est accusé d’outrage à la pudeur.

Une touche d’amour dépeint les brutalités de la société anglaise libérale avec un humour férocement polémique. Mais, comme toujours chez Jonathan Coe, il en reste une profonde tendresse pour les fragilités de ses personnages, les émotions sincères.

Une citation:

– “Nous ne parvenons jamais à la vérité, parce que nous sommes trop occupés à faire des concessions. On finit par ne jamais dire ce qu’on pense, mais par dire juste ce qu’on sait que l’autre veut entendre. On adapte la vérité à chaque contexte. On ne peut pas parler de socialisme avec des conservateurs, et on ne peut pas parler de conservatisme avec des socialistes. Si l’on veut parler de religion, on se trouve à dire des choses complètement différentes selon qu’on s’adresse à un bouddhiste, un chrétien ou un athée. Si l’on demande une opinion, un universitaire répondra en universitaire, un médecin en médecin, un avocat en avocat. Dès que nous avons des rapports sociaux, nous sacrifions la sincérité, l’intégrité, l’impartialité, afin d’éviter toute confrontation”. Il soupira et conclut: “C’est très déprimant”.

Evaluation :

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