jeudi , 20 juin 2019
Accueil / Etoiles / 3 étoiles / Sans jamais atteindre le sommet

Sans jamais atteindre le sommet

Auteur: Paolo Cognetti

Editeur: Stock – 9 mai 2019 (176 pages)

Lu en mai 2019

Mon avis:Sans jamais atteindre le sommet” est le carnet de bord tenu par Paolo Cognetti lors de son expédition dans le Dolpo, région reculée et hostile du nord-ouest du Népal, en haute altitude, entre vallées et hauts-plateaux. Adossée au grand voisin chinois, cette région est fortement imprégnée de culture tibétaine, et l’auteur espère y trouver ce qui a disparu dans ses chères Alpes bien trop urbanisées : une montagne intègre et authentique.
Avec une dizaine d’amis, autant de porteurs et de muletiers, la caravane s’ébranle pour plusieurs semaines de marche, remonte des vallées, franchit des cols à plus de 5000 mètres d’altitude, débouche sur un haut-plateau, redescend pour mieux recommencer plus loin, tout cela pour marquer la 40ème année de l’auteur, et avec la volonté affichée de ne jamais atteindre aucun sommet : “Nous montions et descendions, gagnant cent ou deux cents mètres avant de les reperdre à nouveau […]. Je me rendis compte que déjà dans l’idée de gagner et de perdre, il y avait une conception économique typiquement occidentale de la montagne, au sens où l’altitude et la distance sont les capitaux que nous accumulons à la sueur de notre front, et il n’y a rien de plus agaçant que de gaspiller les efforts investis. […] parce que tu perdras tout ce que tu as cru gagner, dis-toi que le sentier est bien plus précieux que le sommet“.
Inspiré par la lecture du “Léopard des neiges” de Peter Matthiessen, ce voyage est éprouvant, les conditions sont spartiates, Paolo Cognetti est sujet au mal des montagnes qui lui vrille l’estomac. Le récit qui en est tiré est fait d’impressions, de dessins, de réflexions sur l’amitié, la montagne, la marche, le pourquoi d’un tel périple, et sur les souvenirs qui en restent une fois achevé. Paolo Cognetti ne s’y trompe pas : qu’a-t-il réellement compris de ce pays, des gens qu’il y a rencontrés ? “Lever le camp tous les matins est la loi de la caravane, mais pour comprendre il faudrait pouvoir s’arrêter, rester“. Lors des derniers jours de marche, il est conscient de la fin du voyage et du retour imminent au quotidien, et cela engendre un mélange de soulagement, de frustration et de nostalgie : “Marcher réduisait la vie à l’essentiel : manger, dormir, rencontrer, penser. Aucune invention de notre siècle ne nous servait à rien une fois que nous étions en route, mis à part une bonne paire de chaussures […]. Depuis des semaines je vivais de riz, de lentilles, de légumes, parfois d’oeufs et de fromage, de mon Léopard, de mon carnet, de mes amis. Le plus surprenant n’était pas tant de pouvoir faire avec si peu, mais de constater que je ne désirais rien de plus. Ce n’est que quand nous nous arrêtions que s’immisçaient le besoin, la nostalgie, les ambitions, tous les vides à remplir“.
Ce texte court, parfois sobre, parfois lyrique (mais c’est peut-être l’altitude) est écrit par un passionné de montagne, et il donne envie d’attacher ses lacets et de partir en trek dans ces montagnes désertiques. En ayant conscience du paradoxe qu’on trouvera dans ce dénuement une plénitude qu’on ne ressent pas (ou peu) dans notre vie suréquipée et surconsommatrice.

En partenariat avec les Editions Stock via Netgalley.

#SansJamaisAtteindreLeSommet #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

“J’ai fini par y aller vraiment, dans l’Himalaya. Non pour escalader les sommets, comme j’en rêvais enfant, mais pour explorer les vallées. Je voulais voir si, quelque part sur terre, il existait encore une montagne intègre, la voir de mes yeux avant qu’elle ne disparaisse. J’ai quitté les Alpes abandonnées et urbanisées et j’ai atterri dans le coin le plus reculé du Népal, un petit Tibet qui survit à l’ombre du grand, aujourd’hui perdu. J’ai parcouru 300 kilomètres à pied et franchi huit cols à plus de 5 000 mètres, sans atteindre aucun sommet. J’avais, pour me tenir compagnie, un livre culte, un chien rencontré sur la route, des amis : au retour, il me restait les amis.”

Evaluation :

Voir aussi

Les Sirènes du Kampuchéa

Auteur: Philippe Vinard Editeur: Yovana – 7 mai 2019 (243 pages) Lu en mai 2019 …

2 commentaires

  1. Avatar

    Surabondance de porteurs et de muletiers aussi ! Partir mais dans quelles conditions ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :