lundi , 22 juillet 2024

Quand le fleuve gronde

Auteur: Borden Deal

Editeur: Belfond – 6 juin 2024 (720 pages)

Lu en juin 2024

Mon avis: Tennessee, années 1930. Matthew Dunbar, fermier veuf, vit depuis toujours sur le Domaine Dunbar, la terre sur laquelle son ancêtre s’est installé après avoir été rejeté de tous. Avec ses trois fils et ses deux filles, Matthew cultive ses champs et élève veaux, vaches, cochons. La vie s’écoule tranquille, presque en autarcie, à l’écart du Progrès.

Lequel finit pourtant par débouler un jour au Domaine Dunbar, poussé par le rouleau compresseur de la Tennessee Valley Authority (TVA), et ce sans y avoir été invité et, de ce fait, en s’y voyant fort mal reçu.

La TVA, enfantée par la politique du New Deal de Roosevelt, a l’intention de construire un barrage pour permettre d’alimenter toute la région en électricité. Dommage collatéral (mais anecdotique au regard de l’intérêt général) : le barrage inondera la vallée où vivent les Dunbar et de nombreuses autres familles de fermiers, qui seront donc expropriés, indemnisés et installés ailleurs.

C’est Crawford Gates, jeune employé de la TVA, qui est envoyé chez les Dunbar pour négocier leur départ. Il se heurte au refus catégorique de Matthew, profondément enraciné à sa terre et convaincu qu’il est investi, comme l’étaient ses aïeux, de la mission de conserver le Domaine envers et contre tout pour le transmettre un jour à l’un de ses fils.

Mais Crawford s’avère aussi tenace que lui, et les deux hommes vont s’affronter en un bras de fer interminable, dans un très grand respect mutuel. Chacun est en effet porté par des valeurs aussi fortes qu’irréconciliables, les classiques oppositions entre, d’une part, progrès et intérêt général pour Crawford et d’autre part, l’attachement aux traditions, l’individualisme et le mérite pour Matthew.

« Crawford le regardait fixement. Matthew, dit-il. Vous ne savez pas de quoi vous parlez. Vous ne pouvez pas vous retirer d’un monde dans lequel vous vivez. Vous ne pouvez pas agir en souverain d’une ère révolue qui croyait pouvoir commander aux flots de ne pas mouiller ses pieds ».

Et les choses se compliquent encore lorsque Crawford et Arlis, l’une des filles de Matthew, tombent amoureux.

Roman-fleuve de plus de 700 pages, ce pavé écrit en 1957 se lit très facilement, mais est d’une lenteur exaspérante. Il ne s’y passe au final pas grand-chose, et si les ressentis des uns et des autres sont très bien décrits, les escarmouches entre Crawford et Matthew sont répétitives, de même que les atermoiements amoureux de Crawford et Arlis. L’entêtement de Matthew apparaît tellement aberrant qu’au final on ne comprend plus trop les raisons qui le poussent à résister à la TVA en dépit du bon sens, alors qu’il n’y a objectivement aucun, mais alors aucun, espoir qu’il obtienne gain de cause. Il a tout du patriarche autoritaire et buté qui mène son petit monde d’une main de fer, certes dans un gant de velours. Je n’ai pas trouvé les autres personnages beaucoup plus attachants. Et, époque oblige, la condition des femmes, juste bonnes à faire le ménage 15 heures par jour et à satisfaire les hommes, n’est guère enviable. J’ai lu la seconde moitié en diagonale, et je n’ai pas l’impression d’avoir manqué grand-chose.

Autre bémol dû à la traduction et/ou l’édition (en tout cas dans la version « épreuves non corrigées » que j’ai obtenue via Netgalley) : Matthew est systématiquement (et inutilement) francisé en Matthieu ; il y a trop de coquilles (« il a recouvert sa dignité »), de traductions douteuses et de problèmes de concordance des temps.

Décevant pour un livre annoncé comme un « véritable classique de la littérature américaine, dans la lignée des oeuvres de John Steinbeck ».

En partenariat avec les Editions Belfond via Netgalley.

#Quandlefleuvegronde #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

Entre saga familiale poignante et vibrant plaidoyer social, un trésor littéraire injustement tombé dans l’oubli, à redécouvrir aujourd’hui.

« Dans les champs, des hommes et des bêtes travaillent. Ils ne relèvent pas la tête pour regarder l’avion qui fait son relevé topographique car cela ne sert à rien de le regarder. Les rêves lointains des autres hommes ne les touchent pas ; aucune volonté ne peut contraindre leur terre et leur rivière. Car c’est ici leur foyer. C’est ici le Domaine de Dunbar.« 

Véritable classique de la littérature américaine, dans la lignée des œuvres de John Steinbeck et James A. Michener, publié en France en 1960 et jamais réédité depuis, ce roman puissant et engagé, largement inspiré de faits réels, raconte le désarroi des petits fermiers de la vallée du Tennessee face à la menace des grands travaux du New Deal. Entre saga familiale poignante et vibrant plaidoyer social, un trésor littéraire injustement tombé dans l’oubli, à redécouvrir aujourd’hui.

Une citation:

Dans le temps, on gardait les corps pendant trois jours avant de les enterrer; ce n’était pas une nécessité, mais tout simplement une coutume. Matthew se souvenait très bien de ces longues veillées de son enfance; on attendait avec la famille pendant trois longs jours jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de chagrin mais uniquement un désir d’en avoir fini au plus vite afin de pouvoir reprendre une vie normale.

Evaluation :

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