mercredi , 22 août 2018
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Personne n’est obligé de me croire

Auteur: Juan Pablo Villalobos

Editeur: Buchet-Chastel – 6 septembre 2018 (234 pages)

Prix Herralde 2016

Lu en juillet 2018

Mon avis: Mexique 2004, ce n’est pas une victoire en Coupe du Monde, c’est l’année où le narrateur, Juan Pablo Villalobos (tiens, comme l’auteur) décroche une bourse pour un doctorat à Barcelone. Personne n’est obligé de me croire, mais dans la famille de Juan Pablo, tout le monde (surtout sa mère) se demande pourquoi il s’est fourvoyé dans des études (certes brillantes) de littérature, puisque de toute façon, ça ne peut mener à rien de bon (entendez : lucratif). Parce que, c’est bien connu, au Mexique, il n’y a que le “bizness” (illégal, évidemment), qui rapporte pesos et prestige. Mais Juan Pablo a du bol, parce qu’au Mexique on a le sens de la famille, et qu’un de ses cousins, surnommé “Superprojets” (comprendre : Supercrétin), en connaît un rayon sur la question. Histoire de rentabiliser le séjour de Juan Pablo en Europe, il décide de le recruter, à l’insu de son plein gré, en tant que « délégué commercial » de la branche catalane de son nouveau “bizness”. Voilà donc Juan Pablo en route (ou en vol) pour Barcelone avec sa future ex-fiancée Valentina. Et le très sérieux et très intellectuel doctorat de littérature de se transformer en un roman noir et truculent dont Juan Pablo est, à ses dépens, le personnage principal.

Du tout bon, du très très bon, même. Un roman polyphonique où l’on entend la voix de Juan Pablo, qui trouve enfin dans les péripéties qu’il subit le sujet de son futur roman, et celle, naïve, de Valentina, qui n’est pas au courant du “bizness” précité et qui, par conséquent, ne comprend rien aux événements qu’elle subit (aussi). Et puis il y a les lettres délirantes du cousin Superprojets et de la mère de Juan Pablo (tellement hystériques que l’auteur (le vrai, pas le personnage) s’en excuse en fin de roman auprès de sa propre mère).
Personne n’est obligé de me croire mais ce roman est très drôle et très tragique, avec son anti-héros pince-sans-rire et trouillard au point de somatiser son anxiété en dermatose nerveuse épouvantable, et qui nous fait éclater de rire alors qu’il nous raconte les choses terribles qui se passent entre le Mexique et Barcelone. C’est un roman intelligent, bien construit, qui joue avec la réalité et la fiction, qui se moque des Mexicains et des Catalans et du racisme, du monde universitaire pédant et des narco-criminels bêtes et cruels, des squatters et de la corruption. Les personnages ne sont pas forcément attachants mais parfaitement croqués. “Personne n’est obligé de me croire” est une fiction dont le fil des événements est tellement absurde qu’il en devient totalement crédible et (malheureusement) tout à fait réaliste. Vous n’êtes pas obligé.e.s de me croire, mais je vous recommande ce roman.

En partenariat avec les éditions Buchet-Chastel via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

Mexico, 2004. Juan Pablo, brillant étudiant, reçoit une bourse pour partir finir son doctorat à Barcelone en compagnie de Valentina, sa fiancée. L’occasion rêvée pour lui de découvrir l’Europe, de s’éloigner de sa mère et de prouver les vertus de l’intellectualisme à une famille haute en couleur et pas toujours très soucieuse des lois. Mais c’est compter sans l’enthousiasme des siens : contacté par un de ses cousins quelques jours avant son départ et adoubé mafieux malgré lui, Juan Pablo voit son épopée universitaire se transformer peu à peu en un truculent roman noir… 

Drôle, enlevé, ce récit à plusieurs voix nous dépeint une Barcelone foisonnante, peuplée de dangereux truands et d’universitaires à la pédanterie comique tout en livrant une très fine réflexion sur les procédés littéraires et le sens de la fiction. 

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Depuis la lecture de “Les temps perdus”, qui m’avait vraiment donné le sentiment de perdre le mien, je fuis cet auteur comme la peste. Pourtant, ton billet me convaincrait presque…

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