samedi , 21 juillet 2018
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Maria Vittoria

Auteur: Elise Valmorbida

Editeur: Préludes – 19 septembre 2018 (448 pages)

Lu en juillet 2018

Mon avis: Involontairement, j’ai lu coup sur coup deux romans qui se situent à la même époque (d’un après-guerre à l’autre) et sont relativement proches géographiquement parlant. Et pourtant ils racontent des univers totalement différents. Là où “Un gentleman à Moscou” nous présentait un aristocrate se jouant tant bien que mal des tenailles de la Russie bolchevique dans le huis-clos d’un hôtel de luxe, “Maria Vittoria” nous emmène dans un village reculé des Dolomites, où la vie, dénuée de tout superflu, est rythmée par la Nature.

Or donc, en 1923, Maria Vittoria a 25 ans et n’est toujours pas mariée. La faute à la Grande Guerre qui a décimé la population masculine. Heureusement, elle est jolie et dure à la tâche, alors son père n’a pas trop de mal à lui trouver (lire : à la vendre à) un futur mari. Achille est solide, bel homme, travailleur. Les jeunes gens se rencontrent, se plaisent, et se marient. Mais ni les mœurs ni l’époque ne sont au romantisme, il faut gagner sa vie, sa croûte à la sueur de son front, et faire des enfants. Le couple quitte la montagne pour la plaine et rachète une épicerie. Après quelques années, l’affaire est florissante, mais le fascisme l’est aussi. La guerre approche, la pénurie est de plus en plus criante, les hivers terribles. Il n’y a même plus de moineaux à piéger dans les filets, et le moindre lézard squelettique est prétexte à un festin. Achille est arrêté pour avoir trafiqué au marché noir, et Maria Vittoria se retrouve seule avec cinq enfants à nourrir et l’épicerie à faire tourner malgré des étagères de plus en plus vides. Son cousin milicien lui propose son aide, mais à quel prix… La famille vacille en même temps que l’Italie, qui court bientôt à la débâcle. La fin de la guerre ramène la sécurité alimentaire mais il reste des rancœurs et des regards de travers. Pour vivre en paix, ne faudrait-il pas s’exiler, partir vers « La Mérica » ?

“Maria Vittoria” est un roman âpre, un portrait de femme à la fois courageuse et soumise aux hommes, droite et ambiguë, qui fait des mauvais choix alors que de toute façon toutes les alternatives sont mauvaises, et qui s’en veut amèrement. Très croyante, la religion ne lui est pourtant pas d’un réel réconfort, puisque la Madona della Montagna, qu’elle ne cesse de prier, lui parle en termes peu bienveillants ou miséricordieux. Peut-être parce que c’est une époque où les femmes sont à peine mieux considérées que des bêtes de somme, bonnes à obéir, se taire, être exploitées et, le cas échéant, battues comme plâtre.

Un roman émouvant sur la vie dure de gens simples et authentiques (il m’évoque, de loin, mes grands-parents, en Espagne ou en Belgique), aux prises avec une Histoire qui les dépasse, et pour qui la nourriture est fondamentale (“Se lavora par magnare, se magna par lavorar“). L’écriture est comme eux, sobre, un peu sèche, et n’essaie pas de nous les rendre attachants. On retrouve un peu de chaleur à la fin du livre, avec les recettes de cuisine évoquées au long des pages. Avec toutefois un avertissement de l’auteure et de l’éditeur, qui “ne se portent garants ni de leur précision ni de leur fiabilité et ne sauraient être tenus pour responsables de leur résultat”.

En partenariat avec les éditions Préludes via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

1923, dans un hameau perdu au cœur des Dolomites. Maria Vittoria est une jeune femme belle et discrète. Quand son père désigne pour elle son futur époux, Maria s’incline, et bientôt le couple fonde un foyer et ouvre un magasin. Or l’ombre du fascisme et la menace de la guerre pourraient bien rompre l’équilibre et séparer les familles.
Entre amour et haine, jalousie et générosité, foi et raison, Maria devra choisir son destin. Au prix, parfois, d’immenses sacrifices…

Avec Maria Vittoria, Elise Valmorbida livre un sublime portrait de femme et nous donne à voir le visage authentique d’une Italie méconnue.
Une saga poignante, en cours de traduction dans sept pays, qui n’est pas sans rappeler Suite française d’Irène Némirovsky ou encore La Bicyclette bleue de Régine Deforges.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Une lecture plutôt difficile, vu le contexte, malgré les recettes de cuisine qui se veulent conviviales…

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