mardi , 5 juillet 2022

Le choeur des femmes

Auteur: Martin Winckler

Editeur: P.O.L. – 2009 (608 pages) ou Folio – 2011 (688 pages)

Lu en mai 2022

Mon avis: La voix de soliste de ce « chœur des femmes » est tenue par Jean (prononcez « Djinn »), interne des hôpitaux, major de promo, sur le point de terminer son internat. Son but : obtenir un poste de chef de clinique dans le meilleur service de chirurgie gynécologique de France. Mais avant d’atteindre ce Graal, on lui impose, pour valider son internat, d’aller passer six mois dans une obscure unité de « Médecine de la Femme », dirigé par le controversé Dr Karma. Jean ne voit pas autrement ces six mois que comme un purgatoire, puisque dans cette unité, on passe le temps à faire tout ce qu’elle déteste – elle qui ne veut que se consacrer à la chirurgie « pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin » –, à savoir écouter les femmes parler d’elles-mêmes et de leurs problèmes. Entre cette jeune femme arrogante, agressive et dotée d’un fameux complexe de supériorité, et le Dr Karma, auquel la rumeur prête tous les vices, la confrontation semble inévitable.

Mais le sujet de ce roman n’est pas seulement le récit de la rencontre et du choc des idées entre ces deux personnes, c’est avant tout la mise en lumière de l’opposition frontale entre deux conceptions de la médecine gynécologique. D’un côté (majoritaire), il y a les actes : prescriptions pléthoriques de médicaments, d’analyses, d’examens invasifs voire non sollicités, tout cela « pour le bien des femmes », mais sans qu’on ait réellement pris la peine de les écouter, de les informer, de demander et d’obtenir leur consentement éclairé, bref, sans qu’on songe à se préoccuper de leur bien-être physique et psychologique, comme si, après tout (air connu), les femmes n’étaient pas les mieux placées pour savoir ce qui se passe dans leur corps et ce dont elles ont besoin ou envie. De l’autre côté, il y a la parole, celle des patientes, que de trop rares médecins prennent le temps de faire advenir (parce qu’un problème peut en cacher un autre), d’écouter et surtout (surtout!) de s’abstenir de juger ; et puis la parole de ces mêmes médecins qui informent, conseillent, proposent des alternatives, accompagnent, tout en évitant les examens médicaux superflus. En un mot : ceux qui respectent l’humanité de leurs patientes.

Alors certes on peut reprocher à ce roman quelques longueurs et un côté trop manichéen ou caricatural, mais question contenu, tout est bon à prendre. « Le chœur des femmes » se lit comme un page-turner, parfois poignant, souvent révoltant ou écœurant, qui provoque colère à l’égard des uns et admiration à l’égard des autres. Bien qu’écrit en 2009, il semble malheureusement toujours d’actualité, à en lire les nombreux articles et blogs sur les violences gynécologiques et obstétricales.

Lecture à prescrire donc à tous les gynécos (y compris les femmes) et médecins en général, comme une piqûre de rappel que leur travail consiste à soigner dans le respect de l’intégrité et de la dignité de leurs patient.e.s.

A lire et offrir par/à toutes et tous, pour (re)prendre conscience-affirmer-répéter-insister-marteler-revendiquer que le corps des femmes leur appartient, et que leurs voix méritent d’être entendues.

Présentation par l’éditeur:

Je m’appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m’oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n’est même pas gynécologue, mais généraliste! S’il s’imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu’est-ce qu’il croit? Qu’il va m’enseigner mon métier? J’ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu’elles pourraient m’apprendre.

Evaluation :

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3 commentaires

  1. J’ai lu ce roman de Martin Winckler à sa sortie et il fait partie des lectures qui m’ont marquées. C’est une excellente idée que de le prescrire au corps médical ou de l’inscrire dans le programme de médecine à l’université.

    • Cela parlerait peut-être davantage aux étudiant.e.s que des cours barbants de déontologie médicale et de droits des patients 😉

  2. C’est vrai que le programme est déjà chargé mais il y a quand même des progrès à faire par rapport aux patients…
    NB: je m’aperçois (en relisant mon message précédent) que, pour ma part, j’ai des progrès à faire en orthographe. lol !

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