mardi , 5 juillet 2022

L’hibiscus pourpre

Auteure: Chimamanda Ngozi Adichie

Editeur: Anne Carrière – 2004 (416 pages)/ Folio – 2016 (416 pages)

Lu en mai 2022

Mon avis: Au Nigeria, Kambili, 15 ans, vit avec ses parents et son frère aîné Jaja dans l’opulence et la sécurité. Son père est un riche entrepreneur et un homme très pieux et généreux, mécène de nombreuses œuvres de charité. Il est également propriétaire du seul journal indépendant du pays, ce qui, au Nigeria, est synonyme d’un courage politique indéniable. L’homme est donc adulé par toute sa communauté.

La vie de Kambili, Jaja et leur mère est cependant loin d’être idyllique, car ce père et mari est un véritable tyran domestique doublé d’un catholique fondamentaliste, qui enferme ses enfants dans un emploi du temps très strict, dans lequel seules l’étude et la prière trouvent place. Le moindre écart de conduite ou de langage vaut aux enfants de cruelles punitions. En dépit de cela, ceux-ci, totalement sous son emprise, adorent leur père.

Après un coup d’Etat et une crise politique à laquelle leur père est mêlé, Kambili et Jaja sont envoyés chez leur tante, où ils découvrent un autre monde : la pauvreté, la simplicité, le bruit, la musique, le temps libre, les rires, la joie, l’amitié et la chaleur humaine. Elevés jusque là dans la croyance qu’une telle vie dissolue et hérétique conduisait droit en enfer, ils prennent peu à peu conscience du fait que leur père est un homme violent et fanatique. Leur retour au bercail, une fois le chaos politique calmé, sonnera l’heure de leur rébellion, pour le meilleur ou pour le pire.

« L’hibiscus pourpre » est un roman tout en contrastes.
Ceux d’un pays, tendu entre riches et pauvres, puissants et anonymes, catholicisme et religion traditionnelle, percée démocratique, corruption et dictature militaire.

Ceux d’un homme, à la fois admirable pour son courage et sa générosité, et haïssable pour ce qu’il fait subir à ses proches à l’abri des regards.

C’est là tout le sujet du livre : comment la perception que Kambili et son frère ont de l’ambivalence de leur père va évoluer tout au long des pages, de l’adoration et de la terreur à la conviction qu’ils ne veulent plus avoir affaire à pareil tyran. L’évolution est lente et difficile, parce que l’emprise psychologique était terrible et que les enfants n’avaient jamais appris à penser par eux-mêmes, mais l’espoir est permis.

Ce premier roman de l’auteure est donc un roman d’apprentissage et d’émancipation, sur fond de violences domestiques, d’intolérance religieuse et de tensions politiques. Un roman dont les personnages sont attachants et psychologiquement très convaincants, et qui dresse aussi un portrait du Nigeria, de son instabilité chronique, de sa culture et de ses traditions. Intéressant, beau et touchant.

Présentation par l’éditeur:

« À la maison la débâcle a commencé lorsque Jaja, mon frère, n’est pas allé communier et que Papa a lancé son gros missel en travers de la pièce et cassé les figurines des étagères en verre. »

Kambili vit dans une famille nigériane aisée avec son frère aîné Jaja. Leur père est un catholique fondamentaliste, très respecté par la communauté d’Enugu. Mais lorsqu’un coup d’État contraint Kambili et Jaja à trouver refuge chez Tatie Ifeoma, ils découvrent un foyer bruyant et plein de vie et leurs illusions sur l’autorité religieuse et paternelle tombent. Commence alors un douloureux combat pour s’affranchir du passé.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Je pensais lire les « Notes sur le chagrin » de Chimamanda Ngozi Adichie mais « L’hibiscus pourpre » a l’air très intéressant aussi. Ce roman me rappelle un peu « Coeur du Sahel » de Djaïli Amadou Amal, un livre que j’ai lu récemment. Il parle aussi de l’intégrisme religieux en Afrique (ici le Cameroun), de la condition des femmes (en particuliers les domestiques) et de la dualité riches/pauvres.

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