dimanche , 22 octobre 2017
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Pietra viva

Auteur: Léonor de Récondo

Editeur: Points – 2015 (181 pages)

Lu en juin 2016

pietra vivaMon avis: Michelangelo est comme un bloc de marbre. Dur, froid. Pareil au marbre de Carrare, l’un des plus précieux et des plus recherchés, il sait qu’il est le sculpteur le plus prisé de son époque. Orgueil, arrogance, condescendance, mépris envers le commun des mortels. « Comment peuvent cohabiter en moi les certitudes d’être à la fois génial et misérable ? ».
Mais, de même que le marbre renferme des veines qui rompent sa pureté, Michelangelo porte dans son coeur une brisure, une ligne de faille. Presque hors d’atteinte, presque oubliée, emmurée vive au fond d’une mémoire d’enfant qui, pour ne plus souffrir, a préféré effacer l’image de sa maman. C’est ainsi que Michelangelo s’est protégé de la douleur, « c’est ainsi qu’à six ans, il devint orphelin de mère, et de mémoire ».
Et puis là, bien plus tard, à Carrare où il est venu choisir le marbre pour le futur tombeau du pape, et fuir par la même occasion la mort d’Andrea, jeune moine à la beauté troublante, là où la montagne se fend pour révéler son coeur et faire don aux hommes de sa pietra viva, la carapace de Michelangelo se fendille, des éclats de mémoire fusent. Comme l’eau fait gonfler les pieux de bois incrustés dans les parois de la montagne pour en détacher les blocs de pierre, un parfum d’iris, un rire d’enfant, la saveur d’une galette, le toucher d’une étoffe s’insinuent peu à peu dans le coeur de Michelangelo. L’image de sa mère adorée rejaillit, le coeur de pierre fond sous la brûlure de la joie retrouvée. Comme la sculpture libérée du cube de marbre par le miracle du ciseau et du talent, le bonheur d’être en vie surgit du coeur du sculpteur par la grâce de la nature et de l’innocence. « Il lutte pour s’extirper, pour être celui qui sera à l’air libre ». « Retourner ainsi à la sève de la vie et n’être plus qu’un souffle qui danse au-dessus du gouffre ».

En apesanteur, malgré le poids du marbre, Léonor de Récondo sculpte à nouveau l’histoire et la langue pour en faire une dentelle aérienne dans laquelle se love et joue la lumière.
J’avais préféré « Rêves oubliés », plus sobre et plus poignant à mon sens. Mais Pietra viva vole aussi tout proche du sommet des montagnes. Il aurait pu s’intituler « Rêve retrouvé »…

Présentation par l’éditeur:

Michelangelo s’est réfugié dans les carrières de Carrare. Loin de Rome et du corps mort d’Andrea, moine dont la beauté le fascinait. En ce printemps 1505, le célèbre artiste doit choisir les marbres du futur tombeau du pape. Arrogant et tourmenté, il s’étourdit de travail. Au fil des jours et des rencontres, le sculpteur comprend que toutes les réponses ne se trouvent pas au cœur de la pierre…

Evaluation :

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3 commentaires

  1. Je n’ai pas lu « rêves oubliés » mais cela ne saurait tarder. J’avais vraiment apprécié Pietra Viva.

    • Sylvie

      J’avais été plus touchée par Rêves oubliés, le contexte me parlait beaucoup plus. Mais Pietra viva est un très joli bijou.

  2. Un coeur battrait-il au sein de la pierre ? Quelle découverte pour l’artiste et pour moi, lectrice, car je ne connaissais rien de ce génie et le voilà que je le découvre imbu de lui-même mais en voie de guérison…