samedi , 18 mai 2024

Les braises

Auteur: Sándor Márai

Editeur: Albin Michel – 1995 (204 pages)/Le Livre de Poche – 2003 (219 pages)

Lu en décembre 2022

Mon avis: Août 1940, dans un château de la campagne hongroise, Henry, ancien général à la retraite de l’armée austro-hongroise, attend Conrad, dont il n’a plus eu de nouvelles depuis plus de 40 ans. Précisément depuis ce jour funeste de 1899, au cours duquel une partie de chasse a failli très mal tourner, et où Conrad a rompu les ponts avec Henry, sans aucune explication.
Et pourtant, jusqu’alors, les deux hommes avaient été très proches, se côtoyant depuis leur enfance et leur rencontre à l’école militaire. Leur amitié très pure, sans faille, semblait indéfectible malgré les différences de classe sociale. En effet, Henry est issu d’une riche lignée de militaires, tandis que les parents de Conrad se sont saignés aux quatre veines pour que leur fils puisse intégrer l’école de l’armée impériale. Cette amitié au long cours avait même subsisté après le mariage d’Henry avec Christine, Conrad étant régulièrement invité au château. Jusqu’à la fameuse partie de chasse précitée, donc.
Mais aujourd’hui, alors qu’il attend Conrad, Henry espère obtenir enfin les réponses à toutes les questions qu’il se pose depuis 40 ans, depuis que Conrad s’est volatilisé. Ou plutôt, il attend, de la part de celui-ci, la confirmation (ou pas) de ses soupçons, des conclusions auxquelles il est arrivé après autant d’années passées à réfléchir et à s’interroger sur leur amitié.
La première partie du roman est consacrée à l’enfance et la jeunesse des deux amis, tels qu’Henry se les remémore alors qu’il attend l’arrivée de Conrad. La deuxième partie décrit la confrontation entre les deux hommes, séparés par un gouffre de rancœur, d’amertume et de questionnements. En fait de confrontation, il s’agit surtout d’un quasi monologue d’Henry, émaillé de quelques interventions de Conrad assez peu significatives. Dans ce huis clos oppressant et théâtral, l’empathie qu’on éprouvait éventuellement pour Henry s’amenuise à mesure qu’on prend conscience de sa personnalité : imbu de sa personne, sûr de lui (voire borné) et de ses valeurs conservatrices qu’il n’a jamais estimé utile de remettre en cause, condescendant, égocentrique. On découvre peu à peu qu’en réalité il n’a jamais rien compris à ce que pouvaient éprouver sa femme ou son ami, qu’il n’a rien compris à l’amitié ni à l’amour. Et on en vient à se demander s’il s’agissait réellement d’amitié, et quelle histoire on aurait lue si elle avait été racontée du point de vue de Conrad. Celui-ci ne suscite pas l’empathie pour autant, tant son rôle est inconsistant dans ce monologue dans lequel il sert à peine de ponctuation.
Malgré un style classique impeccable, cette dissection des liens d’amitié et d’amour est longue et répétitive, à l’image du ressassement d’Henry pendant 40 ans.
Sur fond d’une part, d’empire austro-hongrois à l’agonie et d’autre part, d’un monde à nouveau sur le point de basculer dans un conflit mondial, « Les braises » est une lecture sombre, étouffante, un peu laborieuse et au final, peu ardente.

Présentation par l’éditeur:

Dans un château de la campagne hongroise, Henri, un général de l’armée impériale à la retraite, attend la venue de Conrad, son ami de jeunesse et condisciple de l’école militaire. Cela fait 41 ans exactement qu’ils se sont perdus de vue, depuis cette partie de chasse au cours de laquelle Conrad a pointé son fusil vers Henri, avant de disparaître le lendemain, sans aucune explication. Pourquoi ce geste ? Pourquoi ce long silence ? Pourquoi la femme d’Henri, impliquée dans l’affaire, a-t-elle toujours refusé de parler ? Aujourd’hui, après toutes ces années, les deux hommes vont enfin pouvoir s’expliquer.
De cette confrontation dramatique, Sandor Marai a fait un beau roman qui renoue par son style avec la célèbre Conversation de Bolzano. Roman flamboyant de l’amitié et de l’amour, où les sentiments les plus violents couvent sous les cendres du passé, Les Braises est également un tableau de la monarchie austro-hongroise agonisante – celle que Joseph Roth a décrite dans La Marche de Radetzky.

Evaluation :

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