vendredi , 14 juin 2024

Les vivants et les autres

Auteur: José Eduardo Agualusa

Editeur: Métailié – 10 février 2023 (224 pages)

Lu en février 2023

Mon avis: Bienvenue au festival littéraire de l’île de Mozambique, où vous pourrez assister à des rencontres et débats entres les plus grands écrivains africains du moment, venus parler de leur métier, de leurs livres, de l’Afrique, de ce que signifie être africain ou africaine dans notre monde si contemporain et moderne.

Dans une ambiance détendue et un décor de plage et de soleil, tout est prévu pour que tout se déroule au mieux, même si Moïra, l’organisatrice du festival, est sur le point d’accoucher.

Puis survient une tempête, voire un cataclysme, il n’y a plus ni téléphone ni internet, l’île est coupée du monde, isolée et perdue dans un brouillard tenace. Sont-ils donc tous morts, là-bas sur le continent et au-delà ? Faudra-t-il reconstruire le monde à l’image de l’île, une fois que le brouillard se sera dissipé ? Ou alors, c’est peut-être l’île qui a disparu corps et âmes de la surface de la Terre, pendant que le monde continue de tourner ? Et dans ce cas, les occupants de l’île sont-ils morts à ce monde mais bien vivants ailleurs ? Et qui sont ces personnages étranges, apparus de nulle part mais dont on pourrait jurer qu’ils sortent des pages des livres des écrivains invités au festival ? Qui sont les « vivants » et qui sont ces « autres » ?

Autant de questions qui se posent au lecteur au fil des pages de ce mystérieux « Les vivants et les autres ». On y retrouve Moïra et son mari Daniel Benchimol (qui s’étaient rencontrés dans « La société des rêveurs involontaires »), non plus en Angola mais de l’autre côté du continent, et il n’est plus question de dictature (sauf peut-être de celle du monde virtuel d’internet), mais de création littéraire. C’est le pouvoir de la fiction, son pouvoir (quasi magique ici) de créer le ou un monde, qui est questionné dans ce roman à la lisière du fantastique, poétique et plein de charme(s), donc envoûtant, et tellement riche et subtil qu’il mériterait au moins une lecture supplémentaire.

En partenariat avec les Editions Métailié.

Présentation par l’éditeur:

Tous les écrivains veulent être Dieu, mais leurs créatures demandent des comptes !
Une rencontre d’écrivains dans un festival littéraire sur l’île de Mozambique. Une jeune femme sur le point d’accoucher. Soudain l’île est coupée du continent et enveloppée de brouillard, personne ne peut la quitter.
Puis des personnages étranges se mêlent aux écrivains et leur demandent des comptes : ce sont les personnages de leurs œuvres !
Le jeune rebelle de 20 ans met en cause son auteur devenu un vieux poète. La diva africaine spectaculaire et égocentrique est-elle vraiment née de la romancière mûre désespérée de ne pas pouvoir téléphoner à son mari ?
La jeune femme moderne qui avait tout préparé accouche à l’ancienne avec l’aide d’une voisine. Ensuite le vent se lève, le pont réapparaît mais tous sont changés.

Quelques citations:

– L’intimité est le paradis – et l’enfer. Nous tombons amoureux de ce que nous ne connaissons pas encore. L’amour est ce qui arrive à la passion une fois que l’intimité s’est installée. Si nous avons de la chance.

– Non, mais sérieusement. Tu n’as pas l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas?
– Presque tout.
– Je veux dire, sur cette île.
– Tu as cette impression, à cause d’Internet. Ou plutôt, parce que nous n’avons plus Internet.
– Qu’est-ce que tu veux dire?
– Tu es en état de privation d’une réalité virtuelle depuis plusieurs jours. D’ailleurs l’expression « réalité virtuelle » est curieuse…
– Je sais, une contradiction dans les termes.
– Nous passons de plus en plus de temps plongés dans cette réalité irréelle. Et privés d’elle, nous nous inquiétons. Il se passe quelque chose de pareil si nous passons dix heures d’affilée concentrées dans la lecture d’un beau roman. Au moment où nous posons le livre et nous nous levons, le monde autour de nous nous paraît faux, incohérent et peu solide.

 

Evaluation :

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