vendredi , 6 décembre 2019
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Le vol du faucon

Auteur: Daphné du Maurier

Editeur: Le Livre de Poche – 1974 (437 pages)

Lu en 2014

le vol du fauconMon avis: Rome, années 1960. Armino Fabbio, jeune guide touristique, balade son groupe de vacanciers parmi les points d’intérêt de la Ville Eternelle. Un soir, près de son hôtel, il aperçoit une vieille mendiante, qu’il croit reconnaître, affalée sur les marches d’une église. La même nuit, il est assailli de cauchemars liés à son enfance, et le lendemain, il apprend que la mendiante a été retrouvée assassinée. Une intuition le décide à planter là son troupeau de touristes et à se rendre à Ruffano, sa ville natale quittée une bonne vingtaine d’années plus tôt dans la voiture de l’officier allemand amant de sa mère, alors qu’Armino n’était qu’un enfant.
Armino, qui pensait simplement enquêter incognito à Ruffano sur l’identité de la vieille mendiante, se retrouve propulsé malgré lui dans un vertigineux retour vers le passé, non seulement le passé récent de la 2ème guerre mondiale, mais aussi un passé plus ancien, 5 siècles plus tôt, sous le règne du duc Claudio, tyran vicieux et fou surnommé le Faucon. Le jeune homme constate avec stupeur que Ruffano n’a pas fini d’exhaler les miasmes nauséabonds de ces deux époques de malheurs. Des relents de fascisme et d’obscur despotisme affleurent à l’approche du festival annuel de la ville, reconstitution historique de la révolte populaire qui mena à la mort du duc Claudio.
Aldo, le maître d’oeuvre du festival, est un personnage inquiétant, revenu d’entre les morts. Charismatique, magnétique, mais secrètement animé de sombres desseins, il brouille les pistes. Sincère ou manipulateur, quel est son rôle dans la rivalité, d’abord bon enfant puis dangereusement montée en épingle, entre étudiants de lettres et ceux de la faculté d’économie ? Opposition entre tradition et modernité, agressions étranges, morts accidentelles ou non, l’ambiance à la veille du festival est électrique, et Armino craint le pire…
Quelle gourmandise que ce roman, pourtant l’un des titres les moins connus de Daphné du Maurier, bien moins célèbre que Rebecca ou Ma cousine Rachel ! Style, ambiance, psychologie, secrets de famille, noirceur, mystère, que de délicieux frissons ! Je suis tombée par hasard sur ce livre, n’ayant jamais lu Du Maurier. Et dire que The New Yorker le qualifiait à sa sortie d’ « extraordinairement ennuyeux »… Si c’est là le moins bon des romans de cette auteur, cela laisse entrevoir bien des plaisirs de lecture pour ses autres ouvrages !

Présentation par l’éditeur:

Une pauvresse poignardée à mort sur les marches d’une église de Rome – et voilà le narrateur, Armino Fabbio, guide pour touristes, reconquis par les envoûtements du passé et brûlant d’élucider les énigmes à présent posées par ce meurtre : il part, interrompant ses obligations professionnelles, pour Ruffano, sa ville natale, qu’il a quittée tout enfant dans les fourgons de l’envahisseur allemand.

Jadis, les Malebranche régnèrent sur cette cité, et en particulier le duc Claudio, surnommé Le Faucon, qui la soumit à une affreuse tyrannie. Pour l’heure, l’activité universitaire y a pris un vif essor. Des factions selon une antique coutume italienne, s’y affrontent ; des événements mystérieux s’y déroulent ; d’autres, plus alarmants encore, s’y préparent. De fait, Armino découvre une effarante menace: réincarné en l’un des êtres qui lui tiennent le plus au coeur, Claudio va-t-il rééditer ses sinistres exploits d’autrefois ? Quelle sera l’issue du dilemme dont Armino ne peut désormais sortir qu’en trahissant ses plus chers sentiments

Un grand roman romanesque qui renoue – bien que l’action se passe de nos jours – avec la meilleure tradition des maîtres du genre, tel Dumas père.

Une citation:

– “Dans le monde du tourisme, nous [les Italiens] utilisons un certain code. Les Anglais, pour nous, c’est du boeuf, et les Américains, des barbares. Ce n’est pas flatteur, mais bien trouvé. Ces gens-là vivaient encore à l’état sauvage lorsque Rome gouvernait le monde, cela soit dit sans vouloir offenser qui que ce soit”.

Evaluation :

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