Auteure: Alice Ferney
Editeur: Actes Sud – 1997 (289 pages)/Babel – 2000 (304 pages)
Lu en novembre 2025
Mon avis: Dans la banlieue d’une grande ville française, une famille de gitans s’est installée sur un terrain vague. La matriarche, veuve, règne sur sa tribu. Ses cinq fils survivent grâce à de petits boulots aléatoires, ses belles-filles enchaînent les grossesses et les tâches ménagères, aucun de ses petits-enfants n’est scolarisé.
Un jour, Esther, bibliothécaire, débarque au campement dans sa petite voiture, avec un livre sous le bras. Elle s’est donné pour mission d’initier les enfants au plaisir des mots en leur lisant des histoires. Semaine après semaine, malgré le froid ou la pluie, elle revient, et parvient à apprivoiser les enfants, puis leurs mères et la grand-mère. Un lien se tisse, profond, durable, et Esther arrive finalement à instiller dans l’esprit des parents l’idée que la scolarisation peut être profitable à leurs enfants.
Oui, parce que aussi évident que cela puisse nous sembler à nous, lecteurs invétérés, l’utilité de l’école et de l’alphabétisation ne va pas de soi dans cette famille. Elle vit tellement à la marge de la société qu’elle n’estime pas nécessaire d’en connaître les codes et encore moins de se fondre dans ses moules. C’est comme si les membres de cette famille ne voulaient pas s’intégrer, malgré les améliorations économiques et sociales qu’ils pourraient en tirer. A moins que – l’oeuf ou la poule – ce soit à force d’être rejetés par la « bonne société » (qui ne considère les gitans que comme des voleurs de poules) qu’ils ne voient pas l’intérêt de s’y frotter. Plutôt vivre dans la misère mais libre que s’enfermer dans une vie métro-boulot-dodo et devoir rendre des comptes à tout le monde ? Peut-être. En tous cas les différences sociales et culturelles semblent telles que la communication entre ces deux « mondes », ces deux modes de vie, est dans l’impasse, même si Esther tente d’opérer la jonction et y parvient à peu près.
Je ne doute pas des bonnes intentions d’Esther, mais je suis un peu perplexe, voire mal à l’aise : elle débarque avec ses histoires, sa culture, en somme, qu’elle impose de facto, même si c’est en douceur. Comme si sa culture (càd la nôtre) était nécessairement meilleure, supérieure ? Par ailleurs, les gitans sont surtout ramenés à leur misère matérielle et morale, à leur illettrisme, à leur fatalisme et leur inertie, ce qui rend l’empathie et la compassion difficiles. Pareil pour Esther : on ne sait pratiquement rien de son parcours et de ses motivations profondes, si ce n’est qu’elle cloisonne complètement sa vie personnelle et son activité dévouée en faveur des enfants gitans, et qu’elle est généreuse mais pas au point de faire l’effort de porter un chemisier (apparemment fort laid) offert par les mères des enfants.
Ce roman est peut-être réaliste quant à la situation des gitans, mais les personnages stéréotypés, les bons sentiments et le brin de moralisation m’empêchent de le trouver convaincant. Le dénuement, certes, mais la grâce ?
Présentation par l’éditeur:
Dans un décor de banlieue, une bibliothécaire est saisie d’un désir presque fou : celui d’initier à la lecture des enfants gitans privés de scolarité. Elle se heurte d’abord à la méfiance, à la raillerie et au mépris qu’inspirent les gadgé. Mais elle finit par amadouer les petits illettrés, en même temps qu’elle entrevoit le destin d’une famille sur laquelle règne une veuve mère de cinq fils.

