samedi , 31 janvier 2026

Hystérie collective

Auteure: Lionel Shriver

Editeur: Belfond – 8 janvier 2026 (336 pages)

Lu en janvier 2026

Mon avis: Réinventons l’Histoire.

Etats-Unis, 2011. Au lieu d’être gouvernés par des dirigeants compétents, sensés et réalistes (ne ricanez pas), les pays occidentaux sont sous l’influence d’un mouvement sociétal à la puissance croissante : la Parité Mentale. Si tous les êtres humains naissent libres et égaux en droits et en dignité (ne ricanez pas, vous dis-je), ils sont désormais, en plus, tous égaux en intelligence. Non pas que par un quelconque procédé génético-bio-chimique miraculeux, tout le monde ait soudain le même QI (terme d’ailleurs banni du vocabulaire), mais simplement que, du jour au lendemain, il a été décrété que tout le monde est intelligent (au mépris, donc, de toute réalité objective).

Plus de raisons d’instaurer examens d’entrée à l’unif ni entretiens d’embauche, plus question d’imposer à quiconque des tests, des notes, des concours ou tout autre type d’épreuve visant à comparer les gens et à les mettre en compétition. Il n’y a donc officiellement plus d’idiots, de crétins, de personnes stupides ou incompétentes (autant de termes eux aussi interdits de langage). On décroche un diplôme ou un emploi de la même manière qu’on détache une feuille de papier WC de son rouleau, sans y penser et donc sans effort. Des romans tels que « L’amie prodigieuse », « L’idiot » ou « La conjuration des imbéciles » sont mis à l’index, et à peu près toute la société occidentale s’écroule faute de gens compétents (médecins, plombiers, président des USA,…) pour la faire tourner, puisqu’il ne suffit pas d’imposer une post-vérité pour que la réalité de la matière grise daigne s’y adapter. Le tout sous le regard hilare de la Chine et de la Russie.

Evidemment tout le monde n’est pas d’accord avec cette vision de l’humanité, et certainement pas Pearson la bouillante rebelle, professeure d’anglais dans une université de Pennsylvanie. Elle déplore le nivellement par le bas de la société en général et celui de l’enseignement en particulier, d’autant plus que quelques années auparavant, elle a conçu ses deux premiers enfants avec le sperme d’un donneur avec un QI de 146. Autant dire que les deux ados, petits génies en puissance, sont de moins en moins adaptés à leur milieu scolaire et glissent vers la déprime.

Si Pearson doit faire semblant et profil bas en public, elle peut encore se lâcher en privé avec sa meilleure amie, Emory, journaliste sur la même longueur d’onde qu’elle.

Mais au fil des années, le mouvement de la Parité Mentale accroît son emprise sur la société, et Emory, contrainte de par son emploi dans un media mainstream de surfer sur la vague, semble de plus en plus convaincue par ce qu’elle raconte tous les jours dans ses chroniques radiophoniques. Pearson se met alors à douter de leur amitié, en même temps qu’augmente la pression qu’elle ressent à l’université et dans la vie quotidienne, et elle finit par craquer. Un pétage de plomb grandiose qui entraîne des conséquences apocalyptiques sur elle, sa famille, son emploi, sa réputation, ses finances.

« Hystérie collective » est un roman uchronique cinglant et jubilatoire dans lequel le rire est cependant jaune grinçant, tant on ne peut s’empêcher de se demander à quel point la réalité qu’il décrit est proche, ou pas, de la nôtre…

L’auteure pousse tous les curseurs au maximum, éperonnant jusqu’à l’absurde la bien-pensance, la cancel culture, la lutte contre la méritocratie et le suprémacisme intellectuel et, paradoxalement, finalement, la bêtise. Les deux personnages de femmes sont remarquables, Pearson aux prises avec ses doutes existentiels, son complexe d’infériorité par rapport à Emory, ses convictions et son intégrité, et Emory, opportuniste jusqu’au bout des ongles, hypocrite, arrogante, amorale.

Un roman cynique d’une intelligence aiguë et d’une férocité réjouissante.

En partenariat avec les Editions Belfond via Netgalley.

#LionelShriver #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

Plus provocatrice et caustique que jamais, Lionel Shriver s’inspire de l’actualité pour livrer la satire aussi jubilatoire que glaçante d’une Amérique gangrenée par la bien-pensance, le politiquement correct et la cancel culture.
Liste des mots interdits :
Stupide, idiot, bête, haut potentiel, méritocratie, etc., etc. Sont désormais proscrits :
Les devoirs, les tests, les notes, les examens.
Les entretiens d’embauche.
Les bilans de compétences.Conséquences :
Enfants, parents, voisins, collègues, amis, amants, époux sont invités à se dénoncer les uns les autres.
Tout contrevenant s’expose à un avertissement, une amende, voire à une peine de prison.

Professeure à l’université, Pearson se demande encore comment les États-Unis en sont arrivés là. Depuis que le mouvement pour la Parité mentale a pris le pouvoir, les enfants n’apprennent plus à lire, le niveau des étudiants a chuté, les dîners où l’on débattait à bâtons rompus sont devenus sinistres.
Heureusement, il lui reste sa meilleure amie, Emory, pour ironiser sur la situation. Les deux femmes se connaissent depuis l’adolescence, la confiance entre elles est totale. Ou du moins Pearson le croit-elle…

Evaluation :

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