samedi , 21 février 2026

Bétibou

Auteure: Claudia Piñeiro

Editeur: Actes Sud – 2013 (448 pages)/Babel – 2015 (400 pages)

Lu en décembre 2025

Mon avis: Dans la banlieue chic de Buenos Aires, un homme est retrouvé égorgé dans sa maison située dans le Country Club La Maravillosa (la Merveilleuse), résidence ultra-sécurisée dans laquelle on n’entre pas sans avoir montré patte blanche (du genre en cinq exemplaires originaux authentifiés par notaire). La police penche pour un suicide, mais le doute plane puisque quelques années auparavant, l’épouse de la « victime » avait connu le même sort, sans qu’on ait jamais retrouvé le coupable.

Rencardé par un flic, Jaime Brena, journaliste à El Tribuno, tient là le scoop d’une carrière. Mais Brena, vieux briscard de la rubrique « faits divers » du journal, vient d’être rétrogradé par sa hiérarchie à la case « société », bien moins consistante. La mort dans l’âme, il doit refiler l’info à un jeune collègue, plus porté sur les recherches par internet que sur les enquêtes de terrain à l’ancienne.

En parallèle, El Tribuno dépêche sur place l’écrivaine Nurit Iscar, pour qu’elle publie une chronique quotidienne de la vie à La Maravillosa.

Nurit Iscar, surnommée Bétibou à cause de ses cheveux noirs bouclés, est une quinquagénaire mal dans sa peau, ancienne auteure de romans policiers à succès qui s’est fourvoyée dans le mauvais roman sentimental (y compris dans sa vie privée, d’ailleurs), et depuis lors en panne d’inspiration.

Nurit, Brena et « le gamin » (on ne connaîtra pas son prénom) collaborent discrètement sur l’enquête et découvrent une pile de cadavres dans les placards, tandis que la police n’y voit que du feu.

La recherche de la vérité se double de la quête personnelle des trois comparses. En effet, chacun d’eux est arrivé à un carrefour, privé, professionnel ou éthique, de son existence et hésite face aux voies plus ou moins tortueuses qui s’offrent à lui. Le miroir de l’enquête renvoie aussi l’image peu reluisante d’une certaine Argentine, celle des ultras-riches et de leurs liens corrompus avec le pouvoir, la police, les médias.

A la fois enquête policière, analyse aiguisée d’une classe sociale et portrait psychologique pénétrant, « Bétibou » est remarquablement construit dans sa temporalité, et ses personnages sont très attachants. Un texte acide et drôle, intelligent et captivant.

Présentation par l’éditeur:

Dans un écrin de verdure à la périphérie de Buenos Aires, un “country club” ultra-protégé, un homme est trouvé la gorge tranchée. Tout porterait à croire qu’il s’agit d’un suicide si, quelques années auparavant, son épouse n’avait connu le même sort.

La presse s’empare de l’événement et le journal «El Tribuno» dépêche sur place l’écrivain Nurit Iscar, qui va livrer des chroniques depuis l’intérieur du “sanctuaire”.

Au sein de la rédaction, l’affaire est suivie par un novice de la rubrique Faits divers épaulé en sous-main par le vétéran du service récemment muté.

Au rythme des meurtres qui s’accumulent, les trois comparses constatent que leurs propres déductions sont étrangement éloignées de celles de l’inspecteur en charge de l’affaire.

Les étapes de l’enquête, minutieusement concomitantes de choix de vie décisifs pour les protagonistes, donnent lieu à une chronique diablement pertinente des forces en présence dans la société argentine contemporaine : une presse inféodée au pouvoir, des forces de sécurité garantes du crime organisé, une caste de privilégiés omnipotents.

La voie choisie par chacun le conduit à opter pour une forme d’éthique, intime ou professionnelle. Et pour cette observatrice attentive et empathique qu’est Claudia Piñeiro, c’est bien la conjugaison de ces différentes alternatives, si insignifiantes qu’elles puissent paraître à l’échelle macroscopique, qui infléchit les valeurs d’une société.

Evaluation :

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