Auteur: Pierre Péju
Editeur: Gallimard – 2002 (178 pages)/Folio – 2004 (208 pages)
Prix du Livre Inter 2003
Lu en novembre 2025
Mon avis: Par un soir pluvieux de novembre, Etienne, au volant de sa camionnette, percute de plein fouet Eva, petite fille qui traversait la rue en courant, sans regarder.
Emmenée à l’hôpital, la fillette est dans le coma. Dévoré de culpabilité, Etienne vient jour après jour lui réciter les histoires qu’il a lues un jour et qui sont restées stockées dans sa mémoire absolue. Père de substitution, d’adoption, d’emprunt, il compense les défaillances de Thérèse, la mère trop jeune d’Eva, qui n’a jamais vraiment compris comment s’occuper d’un enfant.
Un jour Eva sort du coma, mais elle ne parle plus. Elle est placée dans un centre de revalidation à la montagne, où Etienne continue à venir la voir et à lui raconter des histoires. Il l’emmène aussi marcher dans le massif de la Chartreuse.
Un corps d’enfant percuté, trois destins qui se télescopent, en orbite autour d’un même noyau : la solitude.
Etienne, 50 ans, corps massif et encombrant. Célibataire, introverti, sans amis en dehors de Madame Pélagie qui tient la librairie avec lui.
Eva, une dizaine d’années, un peu trop livrée à elle-même par une fille-mère qui la trimballe dans sa voiture d’une ville à l’autre, à la recherche d’un travail, en fuite d’elle-même peut-être.
Thérèse, à peine le double d’années, sans attaches, sans cesse en mouvement. Le seul objet qu’elle n’abandonne jamais : un grand cahier dans lequel elle écrits des mots, des bouts de phrase ou de pensées qui la traversent.
Trois solitudes qui se croisent un certain temps, qui tentent le réconfort mutuel avec plus ou moins de maladresse, de tendresse, mais au final trois solitudes désespérément irréductibles, irréparables.
Ce roman est d’une beauté et d’une tristesse infinies.
Quand je l’ai refermé, je suis restée pensive quelques minutes, et puis sans prévenir, j’ai eu les larmes au yeux et j’ai ressenti comme un chagrin d’enfant, une terrible désillusion de petite fille sage : tout à coup je découvrais que les livres, les histoires, les mots, ces ultimes refuges, ne sauvaient pas toujours.
Présentation par l’éditeur:
Sous une pluie froide de novembre, la camionnette du libraire Étienne Vollard heurte de plein fouet une petite fille en anorak rouge qui, affolée, courait droit devant elle après avoir vainement attendu sa mère, jeune femme fuyante et transparente.
Désormais, cet homme va devoir vivre avec les conséquences de l’accident. Affublé d’une paternité d’emprunt, Vollard, jusque-là introverti et solitaire, commence à réciter à l’enfant plongée dans le coma des textes littéraires contenus dans sa mémoire fabuleuse. Lorsque l’enfant s’éveille, elle a perdu l’usage de la parole. Alors, fuyant ses insomnies et ses angoisses anciennes, le libraire emmène Éva marcher dans les paysages de la Grande Chartreuse, lieu sauvage et splendide où vivent des moines qui ont fait vœu de silence.
Un gros homme, encombré de lui-même, une mère bien trop jeune, et une fillette précocement fracassée par la vie forment un étrange trio : le triangle des solitudes. Le narrateur de cette histoire, témoin de l’enfance et de la jeunesse de Vollard, exprime sa fascination pour ce libraire inoubliable. Mais ce roman-conte est aussi un hymne inoubliable à la littérature, une méditation sur le fragile pouvoir des livres.

