Auteure: Laurence Nobécourt

Editeur: Grasset – 14 janvier 2026 (288 pages)
Lu en janvier 2026
Mon avis: La petite sauvage, c’est l’enfant intérieure de la narratrice, elle-même très probablement le double littéraire de l’auteure. La narratrice, donc, quinquagénaire, tente d’apaiser, de consoler la petite fille en elle, révoltée par la guerre de succession qui a ravagé sa fratrie, par la dépossession dont elle a été victime.
Ainsi, à la mort de leur mère, survenue un an après celle de leur père, les trois sœurs pourtant unies se déchirent à propos de l’héritage. Les deux aînées se liguent contre la plus jeune, qui ne comprend pas cette trahison et la refuse de toutes ses forces à s’en rendre malade, tant elle n’admet pas que leur relation autrefois fusionnelle s’embrase désormais avant de finir en cendres.
Il faudra à la narratrice adulte des trésors de patience, d’efforts de compréhension, de renoncement, de volonté, pour arriver à s’émanciper de cette relation devenue toxique avec ses sœurs, pour prendre son envol et sa liberté, se détacher de sa famille et être enfin elle-même, pour surmonter les jalousies, les injustices, le non amour d’une mère qui a voulu avorter d’elle, d’un père qui n’avait d’yeux que pour l’aînée et votait pour l’extrême-droite. Pour pardonner et vivre enfin en paix.
Histoire d’un déchirement fraternel, d’une sécession douloureuse mais nécessaire sous peine d’étouffement de sa propre identité, « La petite sauvage » est un texte introspectif à la deuxième personne du singulier, dans lequel la narratrice s’adresse à l’enfant qu’elle était, qu’elle est toujours en partie, pour tenter de réconcilier la part d’elle-même qui voudrait que rien ne change et celle qui doit larguer les amarres pour avancer.
La langue de l’auteure est riche et dense, je me suis un peu perdue dans les déboires successoraux et dans l’arbre généalogique, mais j’ai apprécié ce texte intime, pudique, manifestement cathartique pour son auteure, qui fouille et creuse la psychologie de la (dé)loyauté familiale. La plaie est à vif, mais la colère s’évacue peu à peu pour laisser place à l’apaisement. Le prix à payer pour oser vivre est parfois lourd, mais en l’occurrence c’est celui de la sérénité et de l’espoir retrouvés de la petite sauvage.
En partenariat avec les Editions Grasset via Netgalley.
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Présentation par l’éditeur:
« Car la haine est partout qui désarticule notre langue, et le diable lui-même se déplace dans le monde en voiture diplomatique. Je n’ai pas retrouvé la parole perdue, et il n’y aura donc rien d’autre pour nous hisser jusqu’à la haute tendresse que la parole présente, peu importe la vérité, désormais… »
Ainsi se livre la « Petite sauvage », l’héroïne, le double d’enfance de Laurence Nobécourt, prise dans une des grandes guerres des familles : la succession.
Après le père, c’est la mère qui est morte, laissant trois sœurs blessées, peut-être aussi soulagées : Stella, l’aînée ; Petra, et puis la Petite sauvage elle-même, celle qui depuis toujours écrit, et vers qui tout converge, l’amour, la jalousie, la dépossession. Car il n’y a pas d’équilibre ou de justice, quand il faut répartir les biens, les séparer à jamais – maisons, tableaux, photos, menus papiers, vaisselles : dans ce combat dérisoire et violent, il n’y a plus d’adultes, seulement des histoires d’enfance passionnelles. Stella était la préférée du père, l’adorée-adorée. Petra fut tant aimée de la Petite sauvage, telle une sœur tchekhovienne, vitale et chérie. Et la Petite sauvage, c’est simple : la mère n’en voulait pas.
Alors, elle nous raconte : son père, dans les dédales de l’argent et de l’extrême-droite, son oncle, qui l’aima comme il ne faut pas, et tout l’arbre familial, de blessure et de répétition, dans les branches duquel se vivent les souffrances, les rôles, et si peu la joie.
Le roman de Laurence Nobécourt nous montre comment la haine des familles, se charriant sur des générations, induit certains paysages politiques. En mêlant histoire intime et sociale, elle clôt, après des années, le cycle familial initié avec La Démangeaison et nous emmène vers la possibilité d’une vie nouvelle.

