vendredi , 15 mai 2026

L’internationale des rivières

Auteur: Camille de Toledo

Editeur: Verdier – 5 février 2026 (240 pages)

Lu en mai 2026

Mon avis: Comment protéger la Nature, une rivière, un lac, une espèce animale ou végétale ?

En lui donnant des droits.

Et mieux encore, en lui permettant de les exercer en son propre nom.

Et pour cela, il faut la faire passer du statut d’objet à celui de « sujet ». La « personnifier », c’est-à-dire lui accorder la personnalité juridique, comme on le fit jadis pour les sociétés commerciales, qui au fond ne sont que des sommes d’argent (un capital) auquel ont été attribués des droits, des obligations, des responsabilités, sans que cela ne choque plus personne aujourd’hui.

Mais obtenir des droits n’est pas tout. Car des droits sans moyens financiers pour les exercer, ce ne sont que des mots sur un bout de papier. Et pour éviter qu’une personne non humaine dépende des politiques de financement public ou des aléas du mécénat privé, elle devrait idéalement disposer de revenus propres. De là l’idée d’obtenir la reconnaissance du « corps travailleur » de la rivière, du lac, des abeilles, et donc la possibilité d’une rétribution des usages humains qui lui ont été imposés sans son consentement : barrages, refroidissement de centrales nucléaires, activités touristiques,…

Dans ce « récit de l’avenir », l’auteur/narrateur se projette dans un futur pas si lointainn, vers 2040-2050, et explique le long combat pour la reconnaissance des droits de la rivière L., son accès à la personnalité juridique et les visages humains qui la représentent, et tout le questionnement juridique, économique, philosophique, tous les obstacles qui ont émaillé ce parcours. De « simples » droits de la Nature à un droit social des entités naturelles exploitées, avec droit de grève et conditions d’emploi et de salaire dignes, le narrateur nous invite à penser autrement notre rapport à la Nature et à l’écologie, à bouleverser les perspectives classiques et les schémas de pensée du monde moderne capitaliste, pour donner naissance à une économie politique terrestre ou « économie de la gratitude ».

« L’internationale des rivières » est un texte riche, sinueux, tout en circonvolutions, utopiste, philosophique et poétique, une critique nécessaire de l’exploitation et de la destruction des ressources naturelles par le capitalisme et la course effrénée à la croissance qui mène la planète au bord de l’implosion. Une invitation à glisser d’une vision plaçant l’Humain au-dessus de la Nature à une vision qui l’intègre au coeur de celle-ci.

Mais par qui sera-t-elle entendue ?

En partenariat avec le Editions Verdier via une opération Masse Critique de Babelio.

Présentation par l’éditeur:

Nous sommes en 2030, des rivières, des lacs, des espèces végétales, animales, des phénomènes biophysiques comme les vagues, sont devenus des « personnes » dotées de « visages » et de « voix » pour exprimer leurs besoins, leurs valeurs, leurs perspectives autres qu’humaines.

Dans ce récit de l’avenir, Camille de Toledo imagine comment une rivière, avec l’aide de ses avocats, va demander devant le tribunal la reconnaissance de son corps travailleur. Cette requête va déclencher des controverses, bousculer les plis de notre société, et la faire basculer vers un droit social des entités naturelles exploitées.

Evaluation :

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