Auteur: Sacha Filipenko

Editeur: Noir sur Blanc – 15 janvier 2026 (240 pages)
Lu en janvier 2026
Mon avis: Dans le nord de la Russie, en Carélie, la petite bourgade provinciale d’Ostrog est le théâtre d’une vague de suicides : quatre adolescents de l’orphelinat local se sont tués en l’espace de quelques jours.
Face au retentissement médiatique de l’événement, Moscou dépêche sur place le commissaire Kozlov pour prêter main forte à la police locale.
Mais pourquoi diable enquête-t-on s’il s’agit de suicides ?
Eh bien parce que personne (autorités, journalistes, citoyens lambda) ne peut s’empêcher de penser qu’il y a forcément quelqu’un ou quelque chose qui a incité ces jeunes à se suicider. Et si c’est « quelqu’un », cela pourrait déboucher sur un procès et une condamnation.
Or donc, le commissaire Kozlov n’est pas exactement ravi d’aller enquêter dans ce bout du monde désolé et désolant, où il s’est déjà rendu quelque temps auparavant pour y envoyer l’ancien maire en prison. Et puis, Kozlov aurait préféré rester à Moscou pour tenter de reconquérir sa femme dont il vient de divorcer contre son gré. Et tant qu’à faire, Kozlov aurait préféré se rendre seul à Ostrog plutôt que flanqué d’un collègue tout juste sorti de l’école de police.
Sur place, la police locale voudrait bien coller l’incitation au suicide sur le dos de Petia, l’idiot et l’original du village. Mais Kozlov n’est pas convaincu, et se demande si l’origine du drame ne remonterait pas à un voyage en Grèce que les adolescents de l’orphelinat ont effectué quelques mois plus tôt.
Jusqu’où ou jusqu’à qui faut-il remonter la chaîne des causes et des conséquences pour trouver un « coupable » ? Jusqu’où faut-il réfléchir avant d’agir, jusqu’où faut-il mesurer les conséquences de nos actes au moment où on les pose ?
Ici, l’auteur choisit de montrer que les choses positives peuvent conduire à des tragédies. Le lecteur peut ne pas être d’accord avec ce choix, s’il décide de placer le curseur ailleurs sur la chaîne.
Quoi qu’il en soit, le portrait de la ville de province russe qui est dépeint ici est sinistre : ennui, chômage, petits boulots ingrats, bureaucratie archaïque, corruption, absence de perspectives d’avenir meilleur, voire d’avenir tout court… A cela s’ajoute le triste sort de ces malheureux gosses de l’orphelinat, abandonnés, rejetés, livrés à eux-mêmes, maltraités dans une institution qui ne se soucie de leur bien-être à aucun moment. Et quand ils sont « libérés » à 18 ans, ils ont le choix, en gros, entre la rue et l’hôpital psychiatrique.
Autant dire que le marasme ambiant n’arrange en rien la dépression de Kozlov, aux prises avec l’absurdité de la vie.
Basé sur une histoire vraie, « Retour à Ostrog » est un roman grinçant à l’humour noir acide dans lequel le rire reste toujours crispé face à tant de désespoir. L’enfer est pavé de bonnes intentions.
En partenariat avec les Editions Noir sur Blanc via Netgalley.
#RetouràOstrog #NetGalleyFrance
Présentation par l’éditeur:
La ville provinciale d’Ostrog, au nord de la Russie, est secouée par une vague de suicides d’adolescents. L’enquêteur Alexandre Kozlov est envoyé en mission depuis Moscou pour mener l’enquête. En pleine déprime, car sa femme vient de le quitter, Kozlov cherche à découvrir la vérité, même si elle risque de ne pas lui plaire… Le voyage en Grèce des jeunes gens serait-il lié à cette tragédie ? Kozlov s’oppose à la théorie de la police, qui tente de mettre la faute sur Petia, un original amoureux de la nature. Dix ans plus tôt, Kozlov était déjà venu à Ostrog et avait fait jeter le maire en prison.
Dans ce roman noir philosophique, basé sur une histoire vraie, Filipenko brosse avec humour noir un tableau terrible de la province russe, marquée par la corruption et le désespoir. Gare à celui qui ose entrouvrir la porte de la prison, ne serait-ce qu’un instant…

