Auteure: Marie Gevers
Editeur: Espace Nord – 2005 (272 pages)
Lu en novembre 2024
Mon avis: Au début du 20ème siècle, dans un village de la campagne flamande, les commères s’en donnent à cœur joie : on ne parle que des amours coupables et tourmentées entre Madame Orpha, l’épouse du receveur, et Louis, le jardinier. Oui mais, attention, pas devant les enfants.
Pour autant, l’histoire des deux amants n’échappe pas à la narratrice, âgée d’une dizaine d’années à l’époque des faits. Des années plus tard, elle reconstitue la trame de cette passion amoureuse par petites touches, mettant bout à bout les bribes qu’elle avait recueillies, l’air de rien, au détour des conversations surprises entre ses parents, entre les domestiques ou les villageois. Elle y entremêle les déductions et interprétations échafaudées à partir de ses observations de petite fille, qui ne prendront tout à fait leur sens que lorsqu’elle-même ressentira les premiers bouillonnements de l’adolescence.
« Madame Orpha », c’est donc l’évocation d’un adultère à travers les yeux d’une fillette de dix ans, mais c’est aussi celle d’une enfance heureuse, ancrée dans la nature et les saisons, entre une maison, un jardin, un verger, un étang, des champs et des prairies.
Dans ce roman largement autobiographique, la narratrice se rappelle les sensations d’alors, les odeurs, les couleurs, le contact physique avec la terre, les arbres, les animaux.
Un texte sensible voire sensuel, lyrique, tout en métaphores et rêveries, initiatique aussi, puisque l’épilogue des aventures de Louis et Orpha coïncide avec la fin de l’enfance de la narratrice. « Je ne suis plus une enfant. L’adolescence s’épanouit dans mon cœur. J’ai peur du printemps. Je sais qu’il me donnera envie de pleurer, et que mes rêves seront pleins d’inquiétude quand, le soir de la sérénade, le reflet des torches dansera parmi les buissons humides et bourgeonnants. Je sais qu’un sort me guettera moi aussi, une nuit de mai. Ce flambeau de l’amour, quand il tombera des mains d’Orpha, une autre le ramassera, puis une autre, une autre… et un jour ce sera moi ».
#Lisezvouslebelge
Présentation par l’éditeur:
Dans ce roman largement autobiographique, la narratrice, une fillette de dix ans, nous raconte la passion qui unit Mme Orpha, la femme du receveur, au jardinier Louis. L’histoire des deux amants se construit par fragments, à travers les conversations des parents de l’enfant, les suppositions des villageois aux aguets, les racontars du voisinage, les apparitions de Louis et Orpha…
Aux amours tumultueuses se mêle l’évocation de l’enfance heureuse d’une petite fille au cœur d’un jardin-roi, au milieu des parfums de l’étang, des saveurs et des sensations.
Une citation:
Maman va rarement au cimetière. Jamais à la Toussaint, ni au jour des Morts.
– Je porte mes morts dans mon cœur, dit-elle, et je n’ai que faire d’une date fixe pour m’en souvenir. Ces visites au cimetière partent d’un sentiment bien matérialiste. Il n’y a en terre qu’un peu de poussière. L’âme est autre part.
Et mon père ajoute avec son frais sourire:
– Pour moi, le corps est comme un paletot usé qu’on laisse… On ne rend pas visite aux fripiers, n’est-ce pas?