mercredi , 27 mai 2020

Mapuche

Auteur: Caryl Férey

Editeur: Folio – 2016 (560 pages)

Prix Landerneau Polar 2012 – Meilleur polar français 2012 du magazine Lire – Prix Tenebris 2013

Lu en avril 2020

Mon avis: Peut-être est-ce parce que j’ai déjà lu plusieurs romans (policiers ou non) sur l’Argentine, peut-être est-ce parce que ce pays m’attire, peut-être suis-je trop exigeante en matière de romans noirs, peut-être est-ce parce que j’avais beaucoup aimé “Zulu“, un autre livre de Caryl Férey, en tout cas j’attendais beaucoup de ce livre de cet auteur sur ce pays. Et souvent, c’est quand on espère trop qu’on est déçu. Ça n’a pas manqué en ce qui me concerne.

Or donc, nous avons d’un côté Jana, sculptrice appartenant au groupe ethnique des Mapuche, jeune et pourtant déjà salement meurtrie par la vie, squattant un hangar désaffecté à Buenos Aires. Quand Paula, son amie travestie, déboule paniquée parce qu’un autre trav’ de ses amis a disparu, Jana décide de faire appel à un détective privé.

Et nous avons donc, de l’autre côté, Rubén, beau et ténébreux quarantenaire, rescapé des geôles de la dictature où il a été torturé alors qu’il était à peine adolescent. Depuis lors, il consacre sa vie à enquêter sur les exactions de la junte, ses victimes et ses tortionnaires. La disparition d’un travesti n’est donc pas son cœur de métier. Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que l’histoire que lui raconte Jana est liée à l’affaire dont il s’occupe au même moment, à savoir la disparition de la fille d’un riche entrepreneur, soutien financier d’un futur candidat à la présidence de l’Argentine. Et voici Rubén et Jana lancés dans une enquête dangereuse qui les amène à plonger dans le passé nauséabond d’un pays qui n’en finit pas de régler ses comptes avec lui-même.

Tout est très bien documenté, et si vous n’avez jamais rien lu sur l’histoire récente de l’Argentine, vous allez en prendre et en apprendre pour votre argent. Sur la dictature et son régime de terreur, les arrestations arbitraires, les tortures, les disparitions, les vols de la mort, l’appropriation des enfants de prisonniers par des familles proches du régime, la résistance des “folles” de la Plaza de Mayo, la mascarade de la Coupe du Monde de football 1978, la guerre des Malouines qui précipite la fin de la junte, la survivance, au-delà du retour de la démocratie, de certaines “amitiés” tissées pendant ces heures noires et qui continuent à mener la danse politique en coulisses.

Tout cela donne un thriller très sanglant et très violent, un peu trop même (rien à redire sur la cruauté avérée de la dictature, mais fallait-il faire dans la surenchère gratuite pour les péripéties de l’enquête actuelle ?). Et ce goût de “too much” ne s’arrête pas à la débauche d’hémoglobine, il concerne aussi le style : beaucoup de métaphores douteuses ou de formules alambiquées plombent le récit (il “riait avec l’élégance d’un semi-remorque sous la pluie“, “la honte allait la déminéraliser“, “Parise empoigna le corps avec des frissons de lépreux“, “le monde était là, avec ses poumons de pétrole“…).

A ce thriller moyennement efficace et vraisemblable, l’auteur ajoute une histoire d’amour assez mièvre (trop de poésie massacre la poésie) et prévisible, et une sorte de vengeance par-delà les siècles des Esprits indigènes massacrés par les conquistadors espagnols. Et surtout il veut montrer qu’il connaît l’Argentine aussi bien qu’un autochtone, et nous sert, tout en parsemant son texte de mots en espagnol pour démontrer sa maîtrise du sujet, une foule d’informations sur, pêle-mêle, le foot, le tango, l’asado du dimanche, le vin argentin, le bœuf argentin, la pampa, la cordillère des Andes, l’immigration européenne au début du 20ème siècle, la crise financière des années 2000, la corruption, le milieu culturel de Buenos Aires. Et encore, le maté n’arrive que dans la deuxième moitié du bouquin. C’est intéressant, certes, mais dommage que ce soit plaqué sur l’histoire un peu artificiellement, façon extraits de pages Wikipédia insérés entre deux avancées de l’enquête, sans réel liant entre tous ces ingrédients. Un condensé d’Argentine en 550 pages, c’est ambitieux, mais pour moi ça n’a pas pris.

Bon j’arrête de faire ma mauvaise tête et je passe à autre chose.

PS : pour des histoires sur l’Argentine par des auteurs argentins, lire entre autres “Le baiser de la femme-araignée” (M. Puig), “Luz ou le temps sauvage” et “Double fond” (E. Osorio), “L’échange” (E. Almeida) ou “Les eaux troubles du Tigre” (A. Plante).

Présentation par l’éditeur:

Rubén, fils du célèbre poète Calderón assassiné dans les geôles de la dictature argentine, est un rescapé de l’enfer. Trente ans plus tard, il se consacre à la recherche des disparus du régime de Videla. Quand sa route croise celle de Jana, une jeune sculptrice mapuche qui lui demande d’enquêter sur le meurtre de son amie Luz, la douleur et la colère les réunissent. Mais en Argentine, hier comme aujourd’hui, il n’est jamais bon de poser trop de questions, les bourreaux et la mort rôdent toujours…

Evaluation :

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