Auteur: Mohammed Alnaas
Editeur: Le Bruit du Monde – 2025 (144 pages)
Lu en novembre 2025
Mon avis: Dans les années 90, au temps de la « splendeur » de la Libye populaire et socialiste et de son Guide (de sinistre mémoire) Mouammar Kadhafi, le pouvoir est aux mains du peuple.
La belle idée, direz-vous peut-être. Oui mais voilà, le peuple n’est pas toujours d’accord avec lui-même. Ou alors faudrait-il dire que le peuple n’est pas univoque et qu’il a même des opinions carrément dissonantes.
Ainsi, dans le petit village de Géhenne, c’est Jamal, le vendeur d’alcool, qui a été désigné à la tête du comité local, et son rival, le colonel retraité Boudabbara, ne s’en remet pas.
Et depuis, le village est divisé en deux camps qui s’affrontent violemment. Un homme aurait bien la compétence et l’autorité morale nécessaires pour les réconcilier, mais le Hadj, vieux sage, est trop accro au thé noir pour penser à autre chose qu’à s’en procurer coûte que coûte. Et autant dire que ça lui coûte cher, puisque vu la pénurie, le thé, comme d’autres denrées alimentaires, se vend à prix d’or au marché noir.
A force de bagarres sanglantes et d’attentats en tous genres, quelques cadavres s’empilent, mais l’auteur choisit de raconter son histoire sur un ton tragi-comique plutôt que dramatique, en mettant en scène des personnages plus farfelus les uns que les autres. Mine de rien, il livre aussi une chronique socio-politique de la vie quotidienne en Libye à cette époque.
Ironique, moqueur, l’auteur tourne tout son petit monde en dérision, lecteur et narrateur compris. Un texte burlesque et haut en couleurs, que j’ai cependant un peu moins aimé que le premier roman de Mohammed Alnaas, « Du pain sur la table de l’oncle Milad ».
Présentation par l’éditeur:
Nous sommes dans les années 1990 à Géhenne, un village situé dans la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste de Mouammar Kadhafi. C’est l’époque du « pouvoir aux mains du peuple » et des comités populaires, chargés de gérer tous les aspects de l’existence quotidienne sous la direction d’un citoyen désigné par ses pairs.
À Géhenne, deux candidats se disputent le siège de secrétaire du comité, Jamal le vendeur d’alcool et le Colonel Boudabbara. Leurs clans s’affrontent ouvertement et divisent le village.
Le pays est sous embargo et le thé, boisson nationale indispensable, fait l’objet de nombreuses convoitises. Le vieux Hadj Emhammed, sous l’emprise de sa terrible addiction, peine à prendre un parti.
Une querelle ubuesque, contée par un narrateur qui prend un malin plaisir à se jouer de nous, lecteurs, dans cette fable moderne à la forme audacieuse.

