lundi , 29 novembre 2021

La salle de bal

Auteur: Anna Hope

Editeur: Gallimard – 2017 (425 pages)/Folio – 2019 (448 pages)

Grand Prix du Roman des lectrices Elle 2018

Lu en août 2021

Mon avis: Hiver 1911, quelque part dans le Yorkshire. Ella, 20 ans à peine, entre à l’asile d’aliénés de Sharston. Elle y est internée pour la seule (mais apparemment bonne) raison que, dans un mouvement de colère, elle a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaille (est exploitée) depuis l’enfance, juste parce qu’elle avait besoin d’un peu d’air dans cet atelier irrespirable, et qu’elle n’avait pas l’autorisation de prendre la moindre pause.

A Sharston, depuis plusieurs années, se trouve aussi interné John, un Irlandais « mélancolique ».

L’asile est relativement moderne pour l’époque, parce qu’il a pour objectif de fonctionner en toute autonomie : il possède ses propres champs, son bétail, sa blanchisserie, son cimetière,… Ce sont les pensionnaires qui le font tourner, sous la surveillance pas toujours bienveillante de leurs gardiens, le travail étant considéré comme bon pour la santé, y compris mentale. Mais ce qui fait surtout la particularité avant-gardiste de Sharston, c’est que l’on se soucie du bien-être des patients : le bon Dr Fuller leur joue du piano une fois par semaine, et puis il y a la salle de bal, où l’on permet aux plus « méritants » des patients de se rencontrer, hommes et femmes, pour y danser le temps d’une soirée.

C’est ainsi que John et Ella font connaissance, s’éprennent l’un de l’autre et tentent de s’aimer, pour le meilleur et pour le pire lorsque le Dr Fuller découvre leur relation.

Vu depuis 2021, plus d’un siècle plus tard, les critères d’internement et les méthodes de « soins » de l’époque apparaissent barbares. Il suffisait d’être un peu trop triste, un peu trop rebelle, d’être indigent ou d’être femme pour se faire enfermer, avec très peu d’espoir de recouvrer la liberté. Quant aux douches glacées, au gavage forcé, aux camisoles, que dire… Il y avait sans doute (enfin j’espère) une réelle volonté de soigner les gens, mais les théories de l’eugénisme et de la stérilisation forcée des « faibles d’esprit » dans le but « d’améliorer la race » et de lutter contre la pauvreté, prônées par Fuller dans le roman (et par Churchill dans la réalité) sont nauséabondes. Ne parlons pas de la déontologie médicale : le Dr Fuller, qui s’avère incapable de mettre de côté ses frustrations et son ressentiment, et le fait payer à ses patients, est bien plus malade (selon les critères d’alors) que bon nombre des résidents de Sharston. Enfin, je trouve assez paradoxal qu’on pense à offrir musique et danse aux malades, mais qu’on les laisse (surtout les femmes) enfermées à longueur de temps dans des salles confinées, à respirer des odeurs fétides et malsaines, sans jamais leur permettre de prendre un peu d’air frais ou de soleil.

Ce roman met en exergue les tâtonnements de la psychiatrie au début du 20ème siècle, et raconte les difficultés que rencontrent deux êtres fragilisés pour s’aimer dans un tel contexte, cruel et liberticide, et sur lequel ils n’ont pratiquement aucune maîtrise.

Attachants ou antipathiques, les personnages ont beaucoup d’épaisseur psychologique (si j’ose dire), et aucun ne laisse indifférent. Malgré une fin trop prévisible, « La salle de bal » est un livre très romanesque, émouvant, fin, révoltant et désespérant, et pourtant très doux.

Présentation par l’éditeur:

Lors de l’hiver 1911, l’asile d’aliénés de Sharston, dans le Yorkshire, accueille une nouvelle pensionnaire : Ella, qui a brisé une vitre de la filature dans laquelle elle travaillait depuis l’enfance. Si elle espère d’abord être rapidement libérée, elle finit par s’habituer à la routine de l’institution. Hommes et femmes travaillent et vivent chacun de leur côté : les hommes cultivent la terre tandis que les femmes accomplissent leurs tâches à l’intérieur. Ils sont néanmoins réunis chaque vendredi dans une somptueuse salle de bal. Ella y retrouvera John, un « mélancolique irlandais ». Tous deux danseront, toujours plus fébriles et plus épris.
À la tête de l’orchestre, le docteur Fuller observe ses patients valser. Séduit par l’eugénisme et par le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit, Fuller a de grands projets pour guérir les malades. Projets qui pourraient avoir des conséquences désastreuses pour Ella et John.
Après Le chagrin des vivants, Anna Hope parvient de nouveau à transformer une réalité historique méconnue en un roman subtil et puissant, entraînant le lecteur dans une ronde passionnée et dangereuse.

Evaluation :

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