vendredi , 6 décembre 2019
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La guerre des dinosaures

Auteur: Miguel Prenz

Editeur: Editions Marchialy – 16 mai 2019 (224 pages)

Lu en novembre 2019

Mon avis: Il était une fois en Argentine, au fin fond de la Patagonie, la petite ville d’El Chocón. Dans les années 70-80, elle était riche et prospère, grâce à la présence d’entreprises publiques chargées, pour l’une, de construire un barrage hydraulique, et pour l’autre, d’exploiter les ressources pétrolières du sous-sol local. La petite ville et ses habitants vivaient heureux dans l’opulence des salaires mirobolants payées par les entreprises susnommées et donc, dans l’insouciance du lendemain. Tout le monde croyait que cela durerait toujours. Mais un vilain jour, le gouvernement, virant à droite, décida de privatiser les entreprises publiques. Licenciement, chômage, exode massif, au début des années 90, El Chocón n’était plus qu’une ville sinistrée et désertée. C’est alors qu’un miracle se produisit : un mécanicien du coin, paléontologue amateur, découvrit dans le désert environnant, un ossement de dinosaure. Et pas n’importe quel dinosaure, s’il vous plaît, puisque le fossile en question s’avéra être celui d’un dinosaure carnivore bien plus grand que le tyrannosaure, la vedette du film Jurassic Park, sorti en salles à la même époque. Le timing n’aurait pas pu être meilleur : ni une ni deux, le découvreur de la bestiole et les autorités locales décidèrent de surfer sur la vague du succès hollywoodien et de développer un tourisme paléontologique pour redynamiser la ville. Et c’est là qu’est l’os. Parce qu’une telle découverte, de colossale importance, ne tarda pas à glisser au centre d’une nébuleuse d’enjeux pas forcément compatibles : touristiques, donc, scientifiques, évidemment, mais aussi économiques (puisqu’on se mit à rêver de rentrées d’argent genre Disneyland) et politiques (qui dit argent dit pouvoir). Et tout cela n’est pas joli-joli : “La guerre des dinosaures à laquelle il se réfère est la compétition, pas toujours fair-play, instaurée entre les scientifiques qui se disputent le prestige de travailler dans les institutions les plus renommées ou bien de découvrir le dinosaure le plus long, le plus gros, le plus haut, le plus vieux, le plus petit, le plus grand, le plus complet, sans parler de la course aux financements publics, aux donations d’entreprises privées, aux bourses et à la reconnaissance médiatique que drainent les fossiles. Toutefois, […] la bataille ne se joue pas qu’entre paléontologues professionnels […] mais aussi avec les amateurs […] et même les politiques […] qui pensent à l’argent qu’ils pourraient générer grâce au tourisme“. Et même le Bon Dieu s’en mêla par le biais des créationnistes, qui tentèrent de mettre leur grain de sel biblique en terre de Big-Bang et de faire entrer les dinosaures dans l’Arche de Noé.
Miguel Prenz, journaliste, relate ces petites guéguerres mesquines (dignes d’un bac à sable mais aux conséquences cependant non négligeables) d’une plume neutre, sans prendre parti. Il raconte la fondation d’El Chocón ainsi que l’histoire d’une région riche en fossiles et celle de la paléontologie. Argent, prestige, pouvoir, ou comment une espèce disparue depuis des millions d’années montre que les moches ambitions de l’espèce humaine ne sont pas près de s’éteindre. Prédateur, vous avez dit prédateur ?

PS : merci à Pecosa de m’avoir inspiré cette lecture 😉

Présentation par l’éditeur:

Digne de la plus virulente fièvre de l’or, la course aux fossiles redonne vie à toute une région pour le meilleur et pour le pire. Contagion garantie.
Tout le monde se souvient en 1993 de la sortie au cinéma de Jurassic Park. La même année, en Patagonie, un autre dinosaure carnivore, plus grand que le tyrannosaure, révolutionne l’économie d’une ville sinistrée, El Chocón. Découverts par un paléontologue amateur, ces ossements deviennent l’objet de toutes les convoitises : touristiques, scientifiques, politiques. Pourtant, derrière ce regain de prospérité, se joue une guerre sournoise, à l’ombre des fossiles estimés à des millions.
Miguel Prenz s’est rendu sur place et a observé les luttes de pouvoir entre maires, directeurs de musées et paléontologues capables de tout pour baptiser de leur nom le dinosaure. Autant de personnages qui tissent une toile de fond des plus inquiétantes : celle de l’ambition des hommes.

Evaluation :

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Un commentaire

  1. Avatar

    Pétrole ou dinosaure ? Bien sûr on pencherait volontiers pour le second, mais à voir ce qu’en fait l’homme, on se questionne… Un livre au thème très intéressant, merci.

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