mercredi , 5 août 2020

Une république lumineuse

Auteur: Andrés Barba

Éditeur: Editions Christian Bourgois – 28 mai 2020 (192 pages)

Prix Herralde 2017

Lu en juillet 2020

Mon avis: En 1993, dans une ville en bordure d’une jungle sud-américaine et d’un fleuve boueux de 4 kilomètres de large, la torpeur tropicale est troublée par l’apparition d’une trentaine d’enfants, âgés de 9 à 13 ans. Qui sont-ils, d’où viennent-ils, quelles sont leurs intentions ? Leur arrivée au compte-goutte passe d’abord relativement inaperçue, juste quelques mendiants de plus aux carrefours. Mais peu à peu, la cohésion de leur groupe, sans hiérarchie claire, interpelle les habitants, qui ne tardent pas à s’apercevoir que ces enfants parlent un langage incompréhensible. Après l’étonnement vient l’inquiétude, en même temps que les premiers pillages et agressions, avant le choc de la tragédie. Car on sait dès le départ que cela finira mal, la première phrase du roman indiquant que les 32 enfants vont mourir.

Le narrateur de cette catastrophe annoncée est un fonctionnaire des services sociaux de la ville, qui nous raconte, 20 ans après, le fil des événements. Jeune bureaucrate à l’époque, aux premières loges du drame de par son travail, il revient non seulement sur les faits eux-mêmes, mais aussi sur les interprétations et les théorisations qui en ont été faites, sur le ressenti des différents protagonistes (y compris le sien), sur la gestion politique des événements et le battage médiatique qui les a entourés, sur le traumatisme durable qu’ils ont créé dans la région. Il s’interroge aussi sur le trouble et le malaise provoqués par l’apparition soudaine de ces enfants sauvages, qui ne correspondent pas à l’image de l’innocence qu’on associe généralement à l’enfance, sur l’influence qu’ils ont pu avoir sur les enfants de la ville et sur le regard que les adultes portent désormais sur eux.

Tendu inconfortablement entre innocence et perversité, entre civilisation et état de nature, “Une république lumineuse” est l’histoire d’une tentative vaine et tragique de sécession d’un groupe d’enfants qui refusent d’entrer dans le monde des adultes, créant une sorte de communauté instinctive, pour le pire plutôt que pour le meilleur, dès lors que la confrontation de ces deux conceptions de la vie est inévitable.

Pioché presque au hasard (mais y a-t-il un hasard?) sur une table de librairie, cette fable cruelle et émouvante est une très belle découverte. Porté par une écriture puissante et remarquable, ce texte, entre chaos originel et ordre établi, interroge sur l’enfance et ses symboles.

Présentation par l’éditeur:

Jungle au vert intense, fleuve boueux et langueur tropicale : nous sommes dans la ville de San Cristobál en 1993. Là, le pittoresque côtoie la noirceur, comme le découvre notre narrateur : jeune fonctionnaire aux affaires sociales, il doit y mettre en place un programme d’intégration des communautés indigènes de la région. Très vite, la torpeur locale est perturbée par l’arrivée d’enfants, inconnus et presque sauvages, qui pillent les rues. Mais d’où sortent tous ces enfants ? Quelle est cette langue qu’ils parlent et qui n’appartient qu’à eux ? D’abord étonnante et vaguement inquiétante, leur présence aura des conséquences tragiques. Vingt ans plus tard, l’ancien fonctionnaire se souvient et revient sur la succession d’événements ayant conduit au drame.
Dans une échappée à l’ordre établi par les adultes, Andrés Barba nous invite à redéfinir notre idée même de l’enfance avec cette grande fable qui nous hantera longtemps.

Une citation:

  • Peut-être que les morts nous trahissent en nous abandonnant, mais nous les trahissons aussi pour continuer à vivre.
Evaluation :

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