mercredi , 22 mai 2019
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Une santé de fer

Auteur: Pablo Casacuberta

Editeur: Métailié – 16 mai 2019 (208 pages)

Lu en avril 2019

Mon avis: Tobías est un grand garçon costaud qui, à presque 50 ans, vit toujours avec sa maman. Il n’a pas connu son père, militaire mort avant sa naissance dans d’obscures circonstances (en tout cas des circonstances jamais expliquées clairement à Tobías). Malgré son allure de viking, Tobías a une petite santé toute fragile. Enfin, c’est ce qu’il croit depuis son enfance, rendu hypocondriaque par son anxieuse de mère. Il n’a jamais travaillé (lui et sa mère vivent chichement de la pension de survie héritée du paternel), fils unique, sans amis ni fiancée, il ne connaît de la vraie vie et du monde extérieur que ce qu’il en a appris dans les grimoires poussiéreux de la bibliothèque familiale et aux séances de spiritisme où sa mère l’entraîne pour tenter d’établir le contact avec son père. Et bien sûr, comme tout malade imaginaire incurable qui se respect, Tobías fréquente assidûment le cabinet de son médecin – que dis-je – de son dieu vivant (sa figure paternelle aussi, peut-être), j’ai nommé le docteur Svarsky. La salle d’attente de celui-ci ne désemplit jamais (signe évident de sa compétence, n’est-ce pas?), encombrée de vieilles dames de toute la ville venues confier leurs bobos à la science du bon docteur. Lequel se consacre depuis des décennies à l’homéopathie, et ce alors même qu’il est convaincu de l’inefficacité de cette discipline. Ce qui le plonge dans les abîmes de la mauvaise conscience professionnelle et lui fait régulièrement traverser des phases de dépression profonde, sans pour autant que cela rebute ses patients. Et donc ce jour-là (comme tous les autres jours), Tobías, certain d’être au bord de l’infarctus, se précipite, en peignoir et pantoufles, chez son médecin. Arrivé au cabinet, la consultation prend une tournure d’imbroglio colossal, entre la décision de Svarsky de mettre fin séance tenante à sa carrière (malgré la vingtaine de mamies dans la salle d’attente) et ses déboires conjugaux (sa belle-mère croit qu’il a une maîtresse) et sanitaires (une énième fuite d’eau qui menace le lino du cabinet).
Les 200 pages du roman déroulent ces quelques heures de la vie étriquée de Tobías, le temps d’un rendez-vous médical peu conventionnel. Si l’action en elle-même est maigre, le flux des pensées de Tobías est quant à lui torrentiel, le cheminement d’un esprit tortueux, torturé et obtus, vivant dans un monde romantique de réflexions et d’idées, qui se trouve soudainement confronté à l’irruption des contingences de la vie réelle et concrète. Un peu d’action, donc, mais pour quelle réaction dans la tête de Tobías ? Le déclic d’une vie ou un feu de paille aussitôt étouffé ? Malgré de longs monologues parfois saturants, ce roman est (ou n’est pas) un roman d’apprentissage burlesque mais profond, avec un personnage de loser pathétique magnifique. Ecrite dans un style et un langage virtuoses, cette tragi-comédie est à consommer à doses non homéopathiques.

En partenariat avec les Editions Métailié.

Présentation par l’éditeur:

Convaincu qu’il va mourir dans l’heure, Tobías n’a même pas pris le temps de s’habiller pour se rendre en urgence chez son homéopathe, le docteur Svarsky. C’est donc en robe de chambre et pantoufles qu’il croise par hasard la belle-mère du docteur devant l’immeuble Mignón. Grand et costaud, presque la cinquantaine, Tobías vit chez sa mère, veuve spirite, et passe sa vie à lutter contre une série sans fin de maux imaginaires tout en cherchant avec elle, par des moyens plus ou moins farfelus, à communiquer avec ce père colonel qu’il n’a pas connu.
Avec la participation d’un petit chien errant, d’une jeune maîtresse presque nue, d’une femme ouverte aux inconnus et d’une fuite d’eau aux proportions délirantes, une journée suffira à bouleverser de fond en comble la vie recluse et angoissée de ce flamboyant hypocondriaque, et toutes ses certitudes. Et peut-être qu’il y trouvera, enfin, le moyen de vivre vraiment. Ou pas.
Un roman d’apprentissage tardif inédit, cocasse et poétique, où l’auteur nous prouve encore sa virtuosité linguistique et son sens de l’humour.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Avatar

    Un bien étrange scénario un peu foldingue, non ? En tout cas, attirant !

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