lundi , 22 juillet 2024

Celle qui parle aux corbeaux

Auteure: Melissa Lucashenko

Editeur: Seuil – 14 avril 2023 (432 pages)

Lu en mai 2023

Mon avis: Kerry Salter est une jeune femme d’origine aborigène, au casier judiciaire chargé de cambriolages divers et variés.
Aujourd’hui, son grand-père est mourant, et c’est avec les pieds de plomb qu’elle revient dans son bled natal paumé dans le bush australien pour revoir son Pop une dernière fois. Elle y retrouve aussi les autres membres de sa famille dysfonctionnelle, qu’elle avait fui quelques années plus tôt : un frère violent et alcoolique, une mère ex-alcoolique devenue bigote et diseuse de bonne aventure, un neveu anorexique replié sur lui-même et ses jeux vidéos, le fantôme d’une sœur disparue 20 ans plus tôt. Il n’y a guère que Black Superman, l’autre frère, qui réussit sa vie à la grande ville.
Alors que l’agressivité des uns et des autres fait ressurgir les vieilles querelles familiales, le clan apprend qu’une prison va être construite sur la terre sacrée de ses ancêtres.
Toute la famille fait bloc contre ce projet, qui cristallise un fléau séculaire à peine latent : le racisme. D’un côté les Blancs, riches, corrompus qui se comportent en maîtres sur ce continent que leurs ancêtres ont colonisé et spolié avec brutalité et sauvagerie. De l’autre, les Aborigènes, privés de leurs terres, de leur liberté et de leur dignité, considérés comme des sous-humains. L’écoulement des siècles n’a guère apaisé la haine, et dans ce roman la violence affleure à chaque phrase.
Bon alors, comment dire… J’ai bien compris le but de l’auteure : rappeler les horreurs infligées par les Blancs aux Aborigènes, et les combats (toujours actuels) de ceux-ci pour récupérer leur identité et leur héritage.
Mais pour moi ça n’a pas fonctionné. L’auteure semble vouloir justifier tous les comportements indignes, violents voire criminels des « blackfellas » par les brutalités (certes tout aussi criminelles) qu’ils ont subies de la part des « whitefellas » au cours des siècles. On ne fait donc pas vraiment dans la nuance. Ni dans le langage châtié, d’ailleurs, même si c’est peut-être adapté au contexte. Mais j’ai rarement lu autant de grossièretés par page (et il y en a plus de 400). Les personnages sont caricaturaux à force de contradictions et d’incohérences, à commencer par Kerry, dont on nous assène à tire-larigot qu’elle est lesbienne et qu’elle hait les Blancs, et qui, dès le premier chapitre, tombe amoureuse en un clin d’œil d’un jeune mâle fringant et…blanc.
Par ailleurs, je me suis perdue dans la généalogie du clan, ennuyée dans les longueurs de ce roman qui tourne en rond, agacée de tous les mots aborigènes non traduits, qui même s’ils se comprennent globalement, m’ont tenue à l’écart de cette histoire.

En partenariat avec les Editions du Seuil via Netgalley. #Cellequiparleauxcorbeaux #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

Kerry Salter a passé sa vie à esquiver deux choses : sa ville natale et la prison. Sa dulcinée y croupit d’ailleurs depuis quelque temps. Armée de sa grande gueule et de sa rage, elle lutte contre les inepties du monde.
Alors que son père est sur le point de mourir, elle doit se rendre au plus vite à son chevet. Chevauchant sa Harley à travers le bush, elle revient dans le foyer familial et apprend que la terre de ses ancêtres est menacée par un projet de construction d’une prison.
Tandis que le combat s’intensifie pour arrêter le projet, de vieilles blessures s’ouvrent. Entourés par les fantômes et les souvenirs de leurs aïeux, les Salter sont animés par le besoin profond de faire la paix avec leur passé tout en essayant de donner un sens à leur présent.
Un roman grinçant, débordant de vie et d’énergie, qui dresse un tableau passionnant de l’Australie d’aujourd’hui et de la place occupée par les aborigènes. Mais aussi, de la lutte sans concession pour récupérer un héritage perdu.

Evaluation :

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