mardi , 28 novembre 2023

L’homme apprivoisé

Auteur: Horacio Castellanos Moya

Editeur: Métailié – 12 mai 2023 (128 pages)

Lu en mai 2023

Mon avis: L’homme apprivoisé du titre, c’est Erasmo Aragón, l’un des (anti-)héros de « Moronga », précédent opus de Castellanos Moya.
Erasmo, ancien militant gauchiste salvadorien, avait fui la violence de son pays et trouvé refuge aux USA, où il occupait un poste de professeur d’espagnol dans une obscure faculté du Wisconsin.
Désormais quinquagénaire, il sort tout juste d’un bref séjour en hôpital psychiatrique après avoir souffert d’une grave crise nerveuse provoquée par des accusations d’abus sexuel. Lesquelles, bien que totalement fausses, ont tout de même causé son licenciement. Sans travail ni revenus, et bientôt sans permis de séjour, Erasmo évite néanmoins un retour fatal en Amérique centrale grâce à Josefin, une infirmière suédoise qui l’a hébergé avant de lui proposer d’aller s’installer avec elle à Stockholm.
Voilà donc Erasmo qui coupe les ponts avec son passé et qui commence une nouvelle vie, sous anxiolytiques et aux crochets de sa nouvelle compagne. Mais malgré les médicaments, le désœuvrement, la dépendance financière et les frustrations auront tôt fait de ranimer sa paranoïa.

Dans ce roman court et intense, l’auteur revient à ses thèmes de prédilection : l’angoisse, le déracinement et l’errance perpétuels de ceux qui ont fui leur pays, tentent leur chance dans un autre mais échouent à s’y sentir chez eux.
Ce livre-ci me laisse un peu sur ma faim, parce qu’il est un peu trop bref et un rien moins intense que d’autres textes de Moya, notamment ceux écrits à la première personne du singulier, dans lesquels on se retrouve jouissivement enfermé dans la tête du narrateur en pleine logorrhée féroce proche du flux de conscience. Mais en toute logique, Moya n’a pas utilisé ce procédé ici, le cerveau autrefois bouillonnant de ce pauvre Erasmo étant désormais « apprivoisé » par les calmants.
Quoi qu’il en soit, le propos est toujours aussi pertinent, le ton lucide et ironique, et les fans de l’auteur y trouveront largement leur compte.

En partenariat avec les Editions Métailié.

Présentation par l’éditeur:

La vie d’Erasmo Aragón change soudainement quand il est faussement accusé d’abus sexuel. Il perd son travail dans une université américaine et ne peut plus renouveler son permis de séjour. Après une crise nerveuse il rencontre Josefin, une infirmière suédoise, à laquelle il s’accroche désespérément. Afin d’oublier son passé, ils démarreront une nouvelle vie ensemble à Stockholm, mais les fantômes latino-américains, la monotonie, la dépendance et les anxiolytiques feront ressurgir la paranoïa…
Dans ce roman bref mais intense, Castellanos Moya, l’un des auteurs latino-américains les plus respectés et influents, revient à l’un de ses sujets centraux : le déracinement des hommes et des femmes qui ont subi la violence et qui n’arrivent à trouver refuge ni chez eux ni ailleurs.
Le portrait précis et ironique d’un intellectuel condamné à l’errance. Un récit où la paranoïa et les souvenirs ensorcellent le lecteur.

Evaluation :

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