lundi , 20 mai 2024

Les mots pour le dire

Auteure: Marie Cardinal

Editeur: Grasset – 1975 (317 pages)/ Le Livre de poche – 1977 (278 pages)

Lu en novembre 2023

Mon avis: Dans ce roman autobiographique, la narratrice relate la psychanalyse qu’elle a suivie pendant sept ans, dans les années 60, et qui lui a littéralement sauvé la vie.

Souffrant depuis des années d’une grave dépression, d’angoisses et d’importantes hémorragies gynécologiques (qui s’avéreront être d’origine psychosomatique), au bord du suicide, elle trouve la force, grâce à une sorte d’ultime instinct de survie, de se lancer dans cette thérapie de la dernière chance. Si ses troubles physiques prennent fin aussitôt, presque miraculeusement, son inconscient est beaucoup plus résistant. Peu à peu, cependant, aiguillée par les (rares) questions du thérapeute, la narratrice fera tomber les barrières, jusqu’à la guérison, qu’elle considère comme une renaissance, une reconstruction d’elle-même débarrassée du poids d’un passé traumatisé, des peurs et des contraintes intégrées pendant l’enfance. Car c’est bien dans son enfance que se trouve l’origine de son mal, de ses maux : une mère autoritaire, peu aimante, frustrée, névrosée qui s’ignore, en un mot toxique, voire mortifère.

Il faudra à Marie Cardinal quatre ans d’analyse et de luttes parfois gagnantes parfois perdantes contre son inconscient pour comprendre/admettre cela, et trois années supplémentaires pour se reconstruire, à partir de ce champ de ruines, une individualité, une manière de vivre libre et s’épanouir, enfin.

Récit d’une analyse, récit d’une vie (ou de plusieurs, l’ancienne et la nouvelle), ce texte est impressionnant de courage et de sincérité. Sa lecture est éprouvante, même si on sait que l’issue sera positive, parce que chacun pourrait y trouver des échos qui résonnent plus ou moins avec son propre parcours de vie.

Mettre des mots sur les maux pour les soigner, c’est loin d’être simple et cela ne fonctionne pas pour tout le monde. Dans le cas de Marie Cardinal, les mots ont gagné, et cela lui a permis de nous livrer le récit de son combat dans ce texte magnifiquement écrit.

Présentation par l’éditeur:

La jeune femme que nous découvrons dans Les Mots pour le dire est un être physiquement et moralement désemparé, au bord de la folie. Jusqu’au jour où elle se décide à confier son destin à un psychanalyste. Il s’agit ici d’un cas vécu, particulièrement pénible. Fasciné, le lecteur subit la puissance de ce livre où se manifestent le tempérament d’une femme et le talent d’un écrivain. Cet ouvrage a obtenu le prix Littré 1976.

Quelques citations:

– La folie se porte mal dans une certaine classe, il faut la cacher à tout prix. La folie des aristocrates ou du peuple est considérée comme une excentricité ou une tare, elle s’explique. Mais, dans la nouvelle classe des puissants, elle ne s’admet pas. Qu’elle vienne de la consanguinité ou de la misère, passe, cela se comprend, mais pas du confort, de l’aisance, de la bonne santé, de l’équilibre que donne l’argent bien gagné. Dans ce cas-là, c’est une honte.

– Je me sentais (et je me sens toujours) responsable de les avoir mis au monde mais j’étais en train d’apprendre que je ne devais surtout pas me sentir responsable de leurs individualités. Ils n’étaient pas moi et je n’étais pas eux. J’avais à faire leur connaissance comme ils avaient à faire la mienne.

– En général, grâce à l’analyse, je comprenais mes rêves. […] Je tirais un si grand profit de leur étude systématique que je me demandais par quelle aberration la médecine s’occupait si peu d’une activité aussi importante des êtres humains. Comment pouvait-on poser mille questions sur la façon dont on se nourrissait, marchait, respirait, et jamais une seule question pour savoir si on rêvait et de quoi on rêvait? Comme si sept ou huit heures de la vie quotidienne des gens n’avaient aucune importance. Comme si le sommeil c’était le non-être.

– Comme elle avait vieilli en quelques semaines! Elle était épouvantable à voir. Dans son visage ravagé il n’y avait même plus de regard. Je pense que ses yeux ne devaient plus servir qu’à éviter les obstacles, et encore.

Evaluation :

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