dimanche , 22 septembre 2019
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Le noyau blanc

Auteur: Christoph Hein

Editeur: Métailié – Rentrée littéraire 2016 (266 pages)

Lu en août 2016

le noyau blancMon avis: Rüdiger Stolzenburg est une sorte de collectionneur. Un collectionneur unique en son genre, puisque cet obscur chargé de cours au département de lettres de l’université de Leipzig est pratiquement le seul au monde à s’intéresser à l’oeuvre de Friedrich Wilhem Weiskern, topographe et librettiste de quelques opéras de Mozart dans l’Autriche du 18ème siècle. Aussi, lorsqu’il est contacté par e-mail par un non moins obscur personnage qui lui propose de lui vendre (au prix fort) des manuscrits inédits et inconnus de Weiskern, Stolzenburg se voit déjà en haut de l’affiche, publiant dans une édition de prestige dorée sur tranche l’intégrale des oeuvres de celui-ci. La Gloire académique (à défaut de la Fortune, vu le peu d’enthousiasme des éditeurs du cru pour un tel projet) est à portée de main de notre professeur à mi-temps et proche de la retraite, dont la carrière universitaire est totalement dénuée de perspectives en raison de son âge, de son passé, et du manque de crédit (tant financier que scientifique) accordé par les pouvoirs subsidiants à la filière des sciences humaines.

En plus de cette passion, Rüdiger Stlozenburg a une (fâcheuse) tendance à collectionner les amours (si l’on peut parler d’amour…) et les emmerdes. Les amis, par contre, il les compte sur les doigts d’une (lointaine) main.

Dans la première catégorie, ce Don Juan égocentrique peut se vanter d’un tableau de chasse bien fourni, principalement en étudiantes à la recherche d’une mention favorable sur leur diplôme. Quant à la seule femme qui l’aime vraiment (mais qui le colle un peu trop à son goût), il est un vrai mufle à son égard, tandis qu’ il risque bien de faire fuir en courant la seule à laquelle il tient réellement.

Dans la deuxième catégorie, Rüdiger est un vrai champion. Lui qui tire le diable par la queue et est en permanence à la limite de la banqueroute, il est soumis à un redressement fiscal exorbitant. Harcelé ensuite par un gang d’adolescentes décérébrées, il s’aperçoit par ailleurs que les manuscrits de Weiskern qu’on lui fait miroiter sont probablement des faux, et finit par être soupçonné de complicité avec le faussaire. Financièrement acculé, il pourrait peut-être se laisser corrompre par un étudiant qui aurait à tout prix besoin d’un diplôme…

Dit comme ça, cette histoire peut sembler burlesque, pourtant le ton du roman n’est pas précisément désopilant. Quoique…

Toujours est-il qu’en déroulant des épisodes quasi kafkaïens, l’auteur arrive à rendre captivante la vie globalement insignifiante d’un (anti) héros évoluant à la marge du système. Souci du détail, précision dans l’analyse, sobriété et limpidité du style se conjuguent pour composer le portrait remarquable et parfaitement maîtrisé d’un homme peu reluisant aux prises avec un monde désenchanté.

En partenariat avec les éditions Métailié.

Présentation par l’éditeur:

Rüdiger Stolzenburg a presque la soixantaine. Chargé de cours à l’université de Leipzig, il n’a aucune chance de voir sa carrière universitaire progresser – son champ de recherches, le librettiste et topographe Weiskern, n’intéresse personne, et de toute façon c’est le département tout entier qui est menacé. Sa vie privée n’est guère plus enthousiasmante, bien qu’il collectionne les femmes, jeunes, voire même très jeunes, et piétine allègrement l’amour de la seule femme qui tienne vraiment à lui. De plus le fisc vient de lui notifier un redressement d’impôts qu’il ne peut absolument pas payer.
Rüdiger croit voir sa chance tourner quand une proposition lui parvient via Internet : un collectionneur cherche un acquéreur pour des manuscrits inédits et inconnus de Weiskern. Pris d’une passion furieuse pour ces textes, il remue ciel et terre pour trouver l’argent, et envisage même de se laisser acheter en échange d’un diplôme.
Christoph Hein analyse à sa manière sobre et incisive la façon dont la chute du Mur et la réunification ont profondément modifié le cours de la vie des Allemands de l’Est. Son héros, naïf, mal à l’aise avec les règles d’une société dans laquelle chacun est en concurrence avec tous pour conquérir sa place au soleil, est l’éternel perdant de ce nouvel ordre du monde.

Evaluation :

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5 commentaires

  1. Avatar

    Coucou ! Je note !
    Bises.

  2. Avatar

    Une belle critique sur un anti-héros qui transmet, malgré tout, un climat de sympathie. Du moins c’est ce que j’ai ressenti à travers ton ressenti.

  3. Avatar

    Oh qu’elle vilaine phrase !

    • Sylvie

      😉
      Il m’aurait été davantage sympathique s’il avait été plus … sympathique avec les femmes 😉

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