vendredi , 19 octobre 2018
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Villa Belga

Auteur: Evelyne Heuffel

Editeur: M.E.O. Editions – 2013 (344 pages)

Lu en mars 2018

Mon avis: En ce début de 20ème siècle, un petit coin de Belgique s’implante dans le vaste Brésil, où tant de territoires sont encore à conquérir. A l’époque, la petite Belgique industrielle et industrieuse est ambitieuse et décomplexée, et l’une de ses compagnies ferroviaires ne craint pas d’installer ses ateliers à Santa Maria, dans l’Etat du Rio Grande do Sul, pour y construire le réseau ferré régional et, pourquoi pas, le relier à l’Uruguay et l’Argentine. Pour développer toute cette activité, il faut des bras et des cerveaux expérimentés, introuvables parmi la population locale. On recrute donc, au pays, ouvriers et ingénieurs, qui s’embarquent depuis Le Havre vers ce nouvel Eldorado aux promesses infinies. Parmi eux, Paul-Aimé Aerts, mécanicien de talent, au bras de sa jeune épouse, Amanda, la fille de son patron. Un mariage peu banal pour l’époque : lui, ouvrier socialiste militant, et elle, issue de la petite bourgeoisie. Mais un mariage d’amour, consenti par le père de la jeune fille, libéral et éclairé, et qui voit en son gendre un futur bras droit. Sur le bateau, à la recherche d’une carrière, d’un destin, d’une vie meilleure ou de liberté, fuyant les pogroms, la police, l’ennui ou le conformisme, voyagent aussi d’autres émigrés européens, des familles juives de Russie qui s’en vont peupler une colonie sur leur nouvelle terre promise, une religieuse peu orthodoxe qui veut créer un orphelinat pour enfants lépreux, et quelques personnages plus ou moins louches qui s’en vont se refaire une réputation professionnelle ou une virginité judiciaire.

Après la découverte de leur nouveau rivage, les expatriés s’adaptent tant bien que mal à leur nouvelle vie. De tracas administratifs en négociations de contrats commerciaux, de sécheresses en inondations, de train-train quotidien en mésaventures plus ou moins graves, ils tentent de trouver leur place, et pour certains, remettent leurs choix en question : était-ce bien là la vie et l’aventure rêvées ?

Dans une construction originale qui alterne récit, coupures de journaux et échanges épistolaires, on assiste à la confrontation des idéaux et des idées à la réalité du terrain. Chacun cherche son destin, mais découvre qu’il faut d’abord se trouver soi-même, quitte à faire vaciller quelques certitudes. Des personnages sympathiques, une intrigue un peu décousue teintée de féminisme, un parler qui fleure la Belgique, un intéressant coup de projecteur sur un passé méconnu.

Merci à Babelio pour cette opération Masse Critique et aux Editions MEO, qui après quelques péripéties postales, ont accepté de m’envoyer le livre une seconde fois.

Présentation par l’éditeur:

1904. On émigre pour les “pays neufs”. On court vers la fortune, comme ces ingénieurs des chemins de fer belges. On fuit la justice, les lois anticléricales. Ou la terreur, comme ces Juifs de Russie. Un contrat en poche, on embarque sur un steamer, on s’installe dans une cabine de première classe. Sans rien dans les mains, on s’agglomère sur l’entrepont, on sera colon, emportant ce qu’on a de plus cher : une scrupuleuse droiture, un acharnement à réussir dans l’adversité, une fierté de la besogne accomplie, un sens de la fraternité.
Le Brésil, jeune république, peuple ses territoires incultes. La Belgique exporte sa révolution industrielle. La petite ville de Santa Maria da Boca do Monte, au cœur de l’état du Rio Grande do Sul, où viennent de s’implanter les grands ateliers d’une compagnie ferroviaire belge, et, non loin, une colonie agricole juive, est un point de convergence de cette révolution, de cette immigration.
C’est là que s’érige la “Villa Belga”, cité calquée sur les corons, qui donne lieu, ici, à une évocation imaginaire de ce passé perdu de vue. S’y heurtent espoirs, utopies, et sombres desseins de passagers qui ont vu leurs sorts se lier à bord du Paranaguá.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Quand on s’installe à l’étranger, c’est souvent pour fuir quelque chose, alors il doit être difficile de trouver ses marques et surtout de trouver sa place. En tout cas, ce livre doit être très intéressant à lire pour connaître les motivations de chacun et leur capacité à s’adapter.

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