mardi , 29 novembre 2022

L’été où tout a fondu

Auteure: Tiffany McDaniel

Editeur: Gallmeister – 18 août 2022 (480 pages)

Lu en octobre 2022

Mon avis: 1984, petite ville de Breathed, perdue dans le sud de l’Ohio. Le procureur Autopsy Bliss, depuis quelque temps ébranlé dans ses certitudes sur le Bien et le Mal, publie une annonce dans le journal local, invitant le Diable en personne à venir lui rendre visite. Le lendemain, Sal, un jeune garçon de 13 ans, Noir aux yeux verts, se présente devant le tribunal. Ce gamin maigrichon, le Diable, vraiment ? Les gens croient d’abord à une blague de mauvais goût, à un enfant en fugue et/ou à la recherche d’un endroit où il serait bien accueilli. Mais les recherches du shérif pour retrouver ses parents ne donnent rien, et des événements étranges commencent à se produire dans la région. En particulier cette chaleur suffocante (infernale, sans doute), qui provoque sécheresse et perte des récoltes, et qui surtout échauffe dangereusement les esprits. Et puis Sal, recueilli par le procureur, sa femme et leurs deux fils, fait preuve de bien trop de sagesse et d’omniscience pour son âge, sans compter les choses terribles qu’il semble avoir vécues.
Il ne faudra pas longtemps pour qu’il soit désigné comme la cause de tous les malheurs (et Dieu sait – façon de parler – s’ils furent nombreux) survenus à Breathed cet été-là. Et point besoin d’être grand devin pour comprendre que l’histoire se terminera en tragédie.
« L’été où tout a fondu », ou une saison en enfer, est raconté par Fielding, le plus jeune fils du procureur, également âgé de 13 ans à l’époque des faits, et devenu le meilleur ami de Sal. Mais par une étrangeté supplémentaire, il nous parle alors qu’il est âgé de près de 80 ans, ce qui le situe donc aux environs de 2050. Sans doute l’auteure voulait-elle pouvoir revenir sur la longue vie erratique de Fielding après les événements de 1984. Soit.
Toujours est-il que celui-ci nous relate une histoire déchirante d’innocence perdue. Il y est aussi question de racisme, de Bien et de Mal, de Bien qui devient Mal à force de fanatisme religieux et de croyances absurdes, de Mal qui se transformerait en Bien si seulement il y avait plus de bienveillance et de tolérance en ce bas-monde, de fraternité et d’amitié. Et comme si le tableau n’était pas assez sombre, l’auteure y ajoute le VIH, l’homophobie et les thèmes de la culpabilité, du pardon qui arrive trop tard et de la quête d’une impossible rédemption.
L’écriture est poétique mais trop lyrique pour moi, parfois belle, parfois abusant de métaphores maladroites. L’histoire embrasse trop de thèmes, les personnages sont parfois excessifs ou manichéens. Certaines scènes sont touchantes ou éprouvantes (la scène finale est dantesque), d’autres versent dans un pathos inutile. La temporalité utilisée n’est pas des plus convaincantes : pendant toute la lecture j’ai eu l’impression qu’on était à l’époque du KKK plutôt qu’en 1984 (il n’y avait que le sida pour me rappeler qu’on était dans les années 80).
L’idée de départ était bonne, mais il y a trop de longueurs et de malheurs pour moi. Un premier roman prometteur et ambitieux, mais perfectible.

En partenariat avec les Editions Gallmeister via lecteurs.com

Présentation par l’éditeur:

Été 1984 à Breathed, Ohio. Hanté par la lutte entre le bien et le mal, le procureur Autopsy Bliss publie une annonce dans le journal local : il invite le diable à venir lui rendre visite. Le lendemain, son fils Fielding découvre un jeune garçon à la peau noire et aux yeux d’un vert intense, planté devant le tribunal, qui se présente comme le diable en personne. Cet enfant à l’âme meurtrie, heureux d’être enfin le bienvenu quelque part, serait-il vraiment l’incarnation du mal ? Dubitatifs, les adultes le croient en fugue d’une des fermes voisines, et le shérif lance son enquête. Se produisent alors des événements étranges qui affectent tous les habitants de Breathed, tandis qu’une vague de chaleur infernale frappe la petite ville.
Porté par une écriture incandescente, L’Été où tout a fondu raconte la quête d’une innocence perdue et vient confirmer le talent exceptionnel d’une romancière à l’imaginaire flamboyant.

Evaluation :

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