samedi , 13 juin 2026

Métrobate

Auteur: Maurice Pons

Editeur: Christian Bourgois – 2024 (144 pages)

Lu en mai 2026

Mon avis: Juillet 1945. La mère d’Hervé, 14 ans, a décidé d’engager un précepteur pour son fils, dont la scolarité a été grandement perturbée par les années de guerre et d’occupation.

Le père est réticent à l’idée d’accueillir un inconnu chez lui pendant deux mois, mais la mère tient bon, et le précepteur, recruté par petite annonce, arrive dans leur grande demeure au bord de la mer par un beau soir d’été.

Contre toute attente, le professeur est un jeune dandy parisien, beau, doux, affable. Malgré un brin d’arrogance, des réparties désinvoltes et un mystère savamment entretenu quant à son passé, toute la maisonnée tombe sous le charme, à commencer par Hervé, irrésistiblement attiré par le jeune homme, si différent des gens côtoyés jusque là dans son petit monde campagnard.

Mais on sait dès les premières pages que cet été ne sera pas idyllique – « une histoire affreuse et bouleversante ». L’histoire est racontée par Hervé, cinq ans après les faits, tels qu’il les a compris et ressentis au moment où ils se sont déroulés.

Et de fait, après la fascination initiale, s’installe peu à peu une atmosphère trouble, ambiguë, incertaine, que tous perçoivent mais que personne ne s’explique tout à fait tant le précepteur est insaisissable.

Le suspense est donc posé dès le début, et au fil des pages, de vagues indices apparaissent. On comprend que le professeur cache un lourd secret, mais celui-ci restera inexprimé.

Tel Métrobate, personnage secondaire de Nicodème (tragédie de Corneille), le précepteur clame son innocence mais parvient seulement à faire l’unanimité contre lui. A l’heure de la chasse aux collaborateurs, redoute-t-il d’être démasqué ? Ou s’agit-il d’une sorte de « comportement déviant » qui lui est reproché ?

Au lecteur de le deviner, le déduire, le supputer.

Servi par une plume sobre et élégante, écrit à hauteur d’adolescence, « Métrobate » est une petite perle de finesse psychologique, qui instille le doute et le malaise avec pudeur et subtilité.

Présentation par l’éditeur:

« Maintenant encore, mes parents pensent parfois à cette aventure avec une sorte d’effarement et de fureur. »

Été 1945. Dans un petit château du bord de mer vit la famille Rivière. Le temps des vacances, les parents font venir de Paris un précepteur pour instruire Hervé, quatorze ans, qui a délaissé les études pendant la guerre. Dès son arrivée, le jeune professeur, désinvolte et élégant, séduit la famille et son entourage. Il se montre si gentil – trop peut-être ? Bientôt, il commence à intriguer, à inquiéter : on ne sait rien de lui, pas même ce qu’on pourrait en craindre.

Donnant la parole à l’adolescent, le premier roman de Maurice Pons est un bijou de tension romanesque, troublant et étrangement poétique.

Evaluation :

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