lundi , 13 juillet 2026

Dom Casmurro et les yeux de ressac

Auteur: Joaquim Maria Machado de Assis

Editeur: Métailié (Suites) – 2015 (287 pages)

Lu en mai 2026

Mon avis: Dès les premières pages, le narrateur se présente à nous sous le surnom qu’on lui a attribué dans ses vieux jours : Dom Casmurro, ou Monsieur le Bourru, ou le Taciturne.

Dom Casmurro, alias Bento (ou Bentinho, pour les intimes), a entrepris de rédiger ses mémoires, dans le but de « relier les deux extrémités de [s]a vie, et de récréer dans [s]a vieillesse [s]on adolescence ».

Or donc, nous sommes à Rio, au Brésil, vers le milieu du 19ème siècle. Bentinho est un bel adolescent doux et rêveur, fils unique et orphelin de père. A sa naissance, sa mère a promis à Dieu de lui confier son enfant. Une promesse dont on ne se défait pas pour tout l’or du monde, et Bentinho sait donc depuis longtemps qu’il est destiné au séminaire et à la prêtrise.

Oui mais, ce serait oublier la seconde partie du titre : « Dom Casmurro et les yeux de ressac ». Lesquels yeux appartiennent à Capitu (prononcez Capitou), la jeune voisine, belle et pleine d’esprit, la meilleure amie de Bentinho jusqu’à ce que celui-ci réalise (les garçons sont parfois un peu benêts) qu’il en est en réalité fou amoureux, et réciproquement, et qu’il ne peut décidément pas devenir prêtre mais doit tout faire pour pouvoir convoler en justes noces lorsqu’il en aura l’âge.

En dépit de tous les stratagèmes, Bentinho atterrit tout de même au séminaire, où il fera la connaissance d’Ezequiel, qui deviendra son meilleur ami (il n’a donc pas tout à fait perdu son temps).

Et puis, ô miracle, par Dieu sait quelle entourloupe de bénitier, la mère de Bentinho, qui a pitié de son fils énamouré, finit par accepter d’être libérée de sa promesse, et tout est bien qui finit bien.

Oui mais alors, pourquoi Bentinho, qui avait tout pour être heureux, amour, amitié, fortune, est-il devenu « Dom Casmurro » ?

C’est évidemment tout le sujet de ce roman fait de très courts chapitres, d’allers et retours dans le temps et de digressions, mais dont les fils rouges sont l’amour et l’amitié, et leur cortège de sentiments annexes : joie, passion, espoir, confiance, loyauté, mais aussi craintes, désillusions, déceptions, trahison, jalousie jusqu’à la paranoïa.

Avec pour toile de fond le Brésil impérial et esclavagiste, « Dom Casmurro » est un roman d’une grande finesse psychologique et teinté d’ironie qui, à travers le monologue de son narrateur, donne à lire un très beau portrait de femme, et les tourments que l’amour inflige.

Présentation par l’éditeur:

« Mes doigts frôlaient la nuque de la fillette ou ses épaules vêtues d’indienne, et c’était une sensation délicieuse. Mais enfin, bien malgré moi, les cheveux tiraient à leur fin, alors que je les aurais voulus interminables. […] Si cela vous paraît emphatique, malheureux lecteur c’est que jamais vous n’avez coiffé une fillette, jamais vous n’avez posé des mains d’adolescent sur la jeune tête d’une nymphe…

Une nymphe ! Me voilà tout mythologique. »

Evaluation :

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