Auteur: Sergio Ramírez
Editeur: Métailié – 2023 (304 pages)
Lu en avril 2026
Mon avis: Ce roman a valu à son auteur, Sergio Ramírez, d’être contraint à l’exil et déchu de sa nationalité nicaraguayenne. C’est dire si la dictature de Daniel Ortega et de sa femme Rosario Murillo s’est sentie visée par ce « reportage du réel mêlé au pouvoir de la fiction et à l’humour du désespoir ».
Et pour cause, ce roman n’est pas totalement une fiction.
Au début de l’histoire, l’ancien inspecteur Dolores Morales (« douleurs morales » en VO, tout un programme) se trouve au Honduras avec son associé, tous deux fraîchement expulsés du Nicaragua. Ils tentent de rentrer clandestinement au pays, mais leur passeur se fait aussitôt trucider. Après maintes péripéties, ils trouvent refuge chez un curé à Managua, alors que se prépare une grande manifestation anti-gouvernementale. Ce sont en particulier les étudiants des universités qui s’opposent aux errements du régime, lequel, plutôt que de se préoccuper des besoins de sa population, installe un peu partout de gigantesques arbres de vie en métal coloré (allez voir sur le web), histoire d’attirer l’énergie cosmique sur le pays.
Planqué dans sa sacristie, Morales ne peut qu’assister en spectateur aux prémices de ce qui s’achèvera bientôt dans une répression brutale et sanglante.
Et donc cette histoire est inspirée de faits qui se sont déroulés en 2018 et qui ont coûté la vie à 300 étudiants, massacrés par des groupes para-militaires à la botte des autorités.
Le désabusement de Morales est aussi celui de Sergio Ramírez, qui fustige à travers ce livre la violence étatique, la valse des courtisans de la présidence qui sont « écartés » à la moindre déloyauté, réelle ou supposée, la corruption et les aberrations d’un régime qui s’accroche au pouvoir et à ses privilèges.
L’intention est louable et la dénonciation puissante, mais elles prennent le pas sur les mésaventures un peu confuses et presque anecdotiques de Morales et de son équipe, et sur l’humour caustique habituel de l’auteur.
Présentation par l’éditeur:
À Managua, l’inspecteur Dolores Morales, flanqué du fantôme sarcastique de son ami Lord Dixon, ne se reconnaît plus dans sa ville plantée d’arbres de vie gigantesques en métal de couleur et censés attirer l’énergie cosmique, comme le croit la femme du président. Les étudiants non plus ne sont pas d’accord quand on veut en placer dans tous les lycées et les universités, et ils le crient dans la rue. Tout dégénère et le pouvoir arme des milices. L’inspecteur remarque l’activité étrange du “Masque” qui signe des révélations étonnantes sur Twitter, et, recherché par le chef des services secrets, il trouve refuge chez un curé hors norme. Le président a construit son pouvoir sur les fake news, tant il est vrai que, si on le répète suffisamment, un mensonge devient la réalité. Tout un groupe de gens allant de l’ex-femme de ménage spécialiste des réseaux sociaux au clochard du Marché oriental en passant par la sacristaine de l’église vont s’unir dans une enquête surprenante.
Ce roman, qui s’avère être un reportage du réel mêlé au pouvoir de la fiction et à l’humour du désespoir, sera publié et vendu au Nicaragua jusqu’au moment où un cadre du gouvernement se rendra compte qu’il constitue un témoignage implacable sur le massacre de 300 étudiants désarmés.
L’auteur Sergio Ramírez a été condamné à l’exil et déchu de sa nationalité.

