Auteure: Mercè Rodoreda
Editeur: Zulma – 2 avril 2026 (256 pages)
Lu en mai 2026
Mon avis: Rue des Camélias, à Barcelone. Une nuit, un bébé est abandonné devant la grille d’une maison, avec le prénom Cecília sur un bout de papier épinglé à ses vêtements. La petite est recueillie par un couple modeste, aimant et attentionné. Cecília grandit dans ce nid chaleureux, protégé par un jardin qui embaume le parfum des fleurs.
Et puis, encore toute jeune, elle tombe amoureuse du premier voyou venu et s’enfuit avec lui, quitter à aller vivre dans une baraque délabrée dans un bidonville.
Et puis le voyou sort de sa vie, et Cecília rencontre un autre homme, puis un autre, puis un autre…
Pauvre la plupart du temps, elle s’essaie à la couture mais finit par faire le trottoir, où il faut moins de qualifications et où il suffit d’être jeune et belle.
Et puis un homme aisé la prend sous son aile, Cecília croit à l’amour et à la stabilité, mais c’est le mirage d’une emprise avilissante.
Cecília se laisse ainsi ballotter, aussi désincarnée qu’une poupée de chiffons, soumise à ceux qui la protègent ou la maltraitent. Mais l’air de rien, et avec un peu de chance, elle apprend peu à peu de ses erreurs…
Sous la forme d’un monologue intérieur, « Rue des Camélias » retrace le parcours de Cecília, d’une enfance harmonieuse à un âge adulte beaucoup moins serein. Un chemin d’émancipation souvent sordide, où la jeune femme, passive, se laisse construire et déconstruire par les hommes, lesquels baignent comme des poissons dans l’eau trouble d’une société patriarcale qui leur passe tous leurs caprices.
Tout n’est pas noir pour autant, à commencer par l’omniprésence des fleurs, qui répandent un peu de beauté et de douceur parfumée dans ce monde de brutes.
Il n’est pas évident d’éprouver de l’empathie pour Cecília, qui semble alanguie, indifférente à son propre sort dans la mesure où elle n’exprime que très peu ses sentiments. Une chose est sûre : « Rue des Camélias » est un beau roman délicat, sans pathos, doux-amer, où la mélancolie et la solitude tentent de se consoler parmi les fleurs qui éclosent.
Présentation par l’éditeur:
La nuit où elle a été abandonnée bébé, devant la grille qui donne sur le jardin de Monsieur Jaume et Madame Magdalena, le cactus qui pousse au creux du mur a fleuri. Sur un papier déchiré accroché à ses vêtements, on a maladroitement écrit un prénom : Cecília.
Cecília grandit rue des Camélias, dans une maison modeste de Barcelone, éblouie par les étoiles, enivrée du parfum des roses qui illuminent le jardin. Elle rêve d’ors et de paillettes, d’aller à l’opéra au prestigieux Liceu. Elle est cueillie par l’amour dès qu’il se présente, quitte à vivre dans une baraque en tôle. Couturière désastreuse, elle en vient à faire le trottoir et c’est avec une forme de torpeur mêlée de fatalisme qu’elle accepte la protection d’un de ces beaux messieurs. Entre prostitution et prison dorée, abus et emprise, son errance pourra-t-elle jamais rimer avec indépendance ?
À fleur de peau, Rue des Camélias raconte le destin d’une femme qui tente de traverser l’existence au-delà de sa condition, au-delà de la quête des origines, de la fin de l’innocence et d’une insondable solitude – dans une société où les barrières de genre et de classe restent infranchissables.

