vendredi , 30 septembre 2022

Les ours n’ont pas de problème de parking

Auteur: Nicolas Ancion

Editeur: Pocket – 2009 (128 pages)

Lu en mai 2022

Mon avis: Dans ce recueil de neuf nouvelles, il est beaucoup question du monde de l’enfance, de ses tourments (le mini-drame que constitue le vol d’un album d’images de foot Panini), de sa nostalgie (que ne ferait-on pas pour conserver le doudou de ses tendres années), de la perte prématurée de son innocence (qui désole un Père Noël de supermarché, un brin moralisateur), de ses jouets (animés, à l’insu de leur propriétaire, d’une vie propre et parfois de louables ou redoutables intentions).

On y parle aussi de l’âpreté du monde des adultes (les mésaventures tragiques d’un homonyme de Marc Dutroux), de son injustice (ou quand un passant lambda est bien mal récompensé de son altruisme), ou de ses contingences professionnelles (comment donc profiter au mieux de sa retraite?)

Que cela soit drôle, loufoque, déjanté, surréaliste, cruel, amer ou mélancolique, on est captivés comme des enfants qui écoutent un conte de fées au coin du feu (si ça existe encore). C’est plein de souvenirs, de trouvailles de langage et de candeur, et parfois ça serre le cœur.

Quoi qu’il arrive, après cette lecture, cette improbable question vous taraudera : puisqu’il nous arrive de nous souvenir avec émotion d’un lapin rose éborgné ou d’une poupée chiffon toute délavée, pourquoi les vieux nounours et autres congénères en peluche n’auraient-ils pas la nostalgie de leur propre enfance, et même de leur petit.e propriétaire ?

#Lisezvouslebelge

Présentation par l’éditeur:

Imaginez… Un pays où les ours en peluche mènent un combat de tous les jours contre les chats les plus sournois. Un pays où des Pères Noël immigrés enseignent l’égoïsme aux enfants des bourgeois. Un pays où les petits vieux menacent les braqueurs de pressing avec des pistolets en plastique. Un pays où les clowns en bois travaillent à redonner vie aux jouets du grenier. Un pays où les albums d’autocollants de foot sont le prétexte à d’immenses tragédies…
Ce pays merveilleux, c’est la Belgique de Nicolas Ancion. La fantaisie la plus débridée y côtoie l’absurde et la mélancolie la plus profonde. Chacune de ces nouvelles brosse une géographie sensible et universelle : celle de notre enfance. Dans ce monde béni, cruel et drolatique, les ours n’ont peut-être pas de problème de parking, mais rien ne les empêche d’en avoir d’autres…

Quelques citations:

– Pourtant, il n’est pas encore vraiment vieux. Soixante ans, ce n’est pas la fin du monde, il reste encore de nombreuses heures à vivre. Et dans un millier de jours, ils l’ont dit hier à la télévision, ce seront les jeux Olympiques. On n’est jamais vieux quand on regarde la télévision, on est juste déjà mort. Le corps ne sert à rien et le cerveau non plus, le temps passe, on joue à se faire croire qu’on s’amuse alors qu’on n’a jamais ressenti un ennui si profond, si intime. La télécommande dans la main, Andrzej a déjà un pied dans la tombe. Il déteste cette sensation.

[Parle un Père Noël de supermarché:] Je ne sais pas ce qui se passe, peut-être que je vieillis – même si je n’ai pas encore tout à fait trente ans – j’ai l’impression que les gosses changent. Ils ont l’air trop sérieux avec leurs vêtements d’adultes pleins d’étiquettes, de tirettes et de bandes fluorescentes. On dirait qu’ils s’ennuient ou qu’ils en ont déjà marre. A leur âge, je passais des heures à jouer au foot et je souriais tout le temps. Je ne savais même pas comment on faisait pour être triste. Là, je me balade avec ma cloche, je leur offre des sapins de Noël et ça ne leur fait même pas plaisir. J’ai envie de leur parler, de leur faire comprendre qu’ils se trompent, que ça ne sert à rien de jouer aux adultes à leur âge, qu’ils auront toute la vie pour ça, mais c’est inutile. On ne change pas les gens, même les tout-petits, avec des mots. Ce qu’il leur faudrait, à tous ces petits fils de riches, ce sont des gamins sans éducation et sans argent, qui traînent dans la rue mais qui leur feraient comprendre qu’une demi-journée entre copains ça vaut plus que tous les jouets du monde, plus que tous les vêtements de l’Univers. Mais c’est impossible. Quand on a le privilège de ne manquer de rien, il faut bien qu’on s’invente d’autres raisons d’être heureux. Et surtout des prétextes pour ne pas l’être. Comme ça on peut tout acheter, et se faire croire que ça va tout arranger. Une nouvelle maison de poupées rose écoeurant, un nouveau jeu vidéo pour regarder l’écran même quand il n’y a rien à la télé, une pile de DVD pour ne pas avoir envie de courir dehors quand la nuit est tombée.

Evaluation :

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