vendredi , 6 décembre 2019
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Bright lights, Big City

Auteur: Jay McInerney

Editeur: Points – 2008 (221 pages)

Lu en 2014

bright lightsMon avis: “Bright lights, big city, gone to my baby’s head”.
C’est le début de la chanson de Jimmy Reed que tu pourrais chanter sous ta douche le matin, si seulement tu avais le courage de te lever à l’aube, comme les honnêtes gens qui dorment la nuit, eux. Mais tu n’as pas exactement la tête à siffloter, tu aurais plutôt la tête à te la taper contre un mur, après avoir passé cette nuit (et toutes celles d’avant, d’ailleurs), à te cramer les sinus avec ton amie la poudre tonique bolivienne. Tu pries pour qu’une guerre nucléaire ou un tremblement de terre, peu importe, ravage New-York là, tout de suite, pourvu que ça t’évite de devoir te pointer au bureau, au service de vérification des faits du Magazine, ton job alimentaire à toi, le futur nouveau Scott Fitzgerald. Mais pour le moment, tes rêves sont en berne : ton top-model en vogue de femme vient de te larguer, par téléphone, et à 6000km de distance, depuis les bras d’un photographe de mode français. Y a pas à dire, c’est super-élégant comme façon de faire, mais tu n’as même pas le courage de protester. C’est que la perspective des lumières étincelantes de la Grande Ville lui est montée à la tête, à ton Amanda. Voilà que tu piges enfin qu’elle t’a épousé non pas pour tes beaux yeux, mais pour ta capacité à l’extirper de son bled du Kansas et à lui procurer un ticket d’entrée pour New-York, toi le futur grand écrivain. Et d’ailleurs, au fait, tu vas pouvoir t’y consacrer à temps plein, à ta vocation : tu es seul, et tu viens de te faire virer de ton boulot. Mais au lieu de te retirer dans une cellule de moine et d’aligner les mots sur les pages blanches, tu te déconnectes le cerveau et alignes les rails de coke, blanche elle aussi. A toi l’étourdissement dans l’alcool-le sexe-la drogue, cocktail branché de ces années ’80, pour oublier le vide et le désenchantement de ce monde de brutes.
Tu n’es pas fier de toi, tu es déprimé. Tu t’enfonces dans une nuit sans fin, de décadence et de superficialité. Tu ne te demandes même pas comment ça va finir, avec ta façon de te tutoyer, de te mettre à distance de toi-même, de t’analyser de l’extérieur. Tu trouves ça original, et tu as raison. Ton sens de l’autodérision, tes histoires de famille, ta déglingue, ça m’écoeure, m’amuse et même me touche. 200 pages rapides, où on te voit toucher le fond avant de peut-être remonter à la surface.
Avec ton air de cousin post-moderne de Gatsby, ton histoire va ouvrir la voie à une nouvelle génération d’écrivains. 200 pages, c’est court, ce n’est pas grand-chose, ce n’est même pas ton autobiographie, et pourtant elles suffisent à montrer ton talent. Tu voulais la gloire ? Tu l’as. Et c’est mérité.

Présentation par l’éditeur:

« Tu t’assieds, tu regardes le fleuve. En aval, la statue de la liberté tremble dans la chaleur. Sur l’autre rive, un immense panneau publicitaire à la gloire du dentifrice Colgate te souhaite la bienvenue dans le New-Jersey. Tu regardes une barge pleine d’ordures avancer majestueusement vers la haute mer, sous une nuée de mouettes criardes. Une de plus, te revoilà en plaine déglingue. Sans savoir où aller. »

Une citation:

– [la mère, mourante, à son fils de 24 ans – années ’80]
“Puis elle te demanda: “Est-ce que les jeunes gens ont besoin de faire l’amour?”
Tu lui demandas ce qu’elle voulait dire par besoin.
“Tu sais parfaitement ce que je veux dire. Je voudrais savoir. Il ne me reste que peu de temps. Et il y a tant et tant de questions que je n’ai jamais cessé de me poser. On m’a élevée dans l’idée que l’amour était une épreuve que les femmes mariées devaient endurer. Il m’a fallu bien longtemps pour surmonter cette idée. Je me suis sentie flouée”.

Evaluation :

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