mardi , 26 mars 2019
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D’os et de lumière

Auteur: Mike McCormack

Editeur: Grasset – 9 janvier 2019 (352 pages)

Lu en décembre 2018

Mon avis: Louisburgh, Irlande, de nos jours. Plus précisément le 2 novembre, et cela n’est pas anodin. Il est midi, les cloches de l’église sonnent l’angélus. Marcus Conway, la cinquantaine, est chez lui dans sa cuisine, il attend le retour de sa femme et de leurs deux enfants. Ils se sont absentés pour une heure, pendant laquelle Marcus, pris d’une étrange fébrilité, se remémore sa vie. Ingénieur en génie civil, employé à l’administration de la ville voisine, il se rappelle son travail, les prises de bec avec la hiérarchie et les élus locaux, plus soucieux de leur popularité à court terme et de leur réélection que de la longévité des bâtiments et des routent qu’ils demandent à Marcus de mettre en chantier. Il nous parle aussi de sa famille, de sa relation au fil des années avec son père et sa sœur, de sa rencontre avec Mairead, de leurs 25 ans de mariage, de leur fille artiste plasticienne, et de leur fils parti bourlinguer en Australie. Puis enfin, de l’énorme accident sanitaire qui empoisonne l’eau de distribution, contaminant des centaines de personnes, dont Mairead, et de la façon dont Marcus s’occupe de son épouse au long de sa maladie.

“D’os et de lumière” fait partie de ces romans qu’on devrait lire une seconde fois, parce que leur fin leur donne un nouvel éclairage et en modifie (en améliore) la compréhension. Pendant ma lecture, je ne comprenais pas la fébrilité de cet homme, son urgence à se raconter qui me laissait penser qu’il était sur le point de mourir et que sa vie défilait sous ses yeux par flashes, sans chronologie. Je me trompais. Ceci dit, si ce roman est remarquable pour sa fin (n’allez surtout pas lire la quatrième de couverture de l’édition originale chez Tramppress, un incompréhensible spoiler), il l’est aussi pour son style, que tout le monde n’appréciera pas. Les 200 pages (édition numérique) ne constituent qu’une seule phrase. Ou plus exactement, elles ne comportent aucun point, pas même un point final (et cela n’est sans doute pas anodin). Mais il ne faudrait pas s’arrêter à cela, ni aux renvois à la ligne intempestifs, en tout cas cela ne m’a pas gênée dans ma lecture. Le texte est découpé en paragraphes et permet les pauses. Il rend parfaitement l’impression de quelqu’un qui serait perdu dans ses réflexions, passant d’un sujet à l’autre sans linéarité, dont la pensée fonctionnerait par association d’idées. Un très bon exemple d’écriture en courant (ou flux) de conscience.
Ancré dans l’histoire récente de l’Irlande et du déclin du Tigre celtique, ce livre nous parle de l’intime (famille, amour, mort) et de la société (politique, corruption, médias). Il parle surtout de la fragilité de la vie et de ce qu’on construit. De mots et de lumière, ce roman est aussi fait d’émotion, de tendresse, d’intégrité et de saine colère, de nostalgie. Un texte poétique, hanté, en suspension, écrit au rythme d’un cœur inquiet et désemparé.

En partenariat avec les éditions Grasset via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

Marcus Conway est assis devant la table de sa cuisine, un sandwich et un verre de lait posés sur la nappe blanche. Il lit son journal et écoute la radio dans la maison vide, sa femme et ses deux enfants sont absents. Il est midi et les cloches sonnent l’Angelus, nous sommes le 2 novembre dans le village de Louisburgh, en Irlande. Pendant une heure, jusqu’au prochain bulletin d’information, Marcus se remémore sa vie depuis l’enfance jusqu’à l’âge adulte, sa vie de fils, de mari, de père, d’ingénieur du génie civil. Il désosse son passé comme il observe les ponts, d’un regard aussi rationnel qu’émerveillé. Il se souvient également des épreuves qu’il a traversées comme son combat contre la petite corruption locale qui menace sans cesse de mettre en péril la qualité de son travail, et donc la sécurité de ses concitoyens.
Marcus se rappelle ses premières années d’homme marié aux côtés de Mairead, la naissance de leur fille puis celle de leur benjamin – l’aînée deviendra artiste-plasticienne alors que le second partira vivre à l’autre bout du monde, en Australie. Puis ce jour où, comme une large partie de la population du comté, Mairead est prise de violentes douleurs causées par un virus présent dans l’eau du robinet, un véritable désastre sanitaire. Il se souvient ensuite du trajet en voiture pour rapporter des médicaments à sa femme alitée. Il se souvient de sa vie qui s’est alors mise à vaciller…
Mike McCormack raconte avec tendresse et émotion l’histoire d’un homme. En suspension durant cette heure hors du temps, les souvenirs de Marcus Conway s’agrègent avec grâce pour mettre en regard l’intime et la société, le monde rural et l’économie globalisée, la tradition et les grandes questions contemporaines – la démocratie ou encore l’écologie. Il y a une lumière singulière dans ce texte, une langue qui bat au rythme d’un cœur en peine et qui nous immerge dans les profondeurs de l’âme celtique. Écrit d’un seul souffle, D’os et de lumière est un livre qui fera certainement date dans l’histoire de la littérature anglo-saxonne.

Evaluation :

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Un commentaire

  1. Avatar

    Je crois que c’est ainsi que nous sommes faits dans l’idéal, d’os et de lumière. Un livre qui résonne chez moi et qui me tente beaucoup.

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