mercredi , 23 janvier 2019
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Etat d’ivresse

Auteur: Denis Michelis

Editeur: Editions Noir sur Blanc – 3 janvier 2019 (140 pages)

Lu en décembre 2018

Mon avis: “Etat d’ivresse” ou une semaine de la vie d’une femme alcoolique. Ou un peu plus ou un peu moins, elle ne se souvient pas. Et après tout, qu’importe. La vie? Une femme? La vie de la narratrice,  imbibée chronique, qui ne quitte jamais sa robe de chambre, ni son verre tulipe, ni sa maison, sauf pour aller refaire le plein de sancerre et de vodka au supermarché,  si nécessaire au volant de sa voiture (enfin, celle de la voisine, empruntée au prix d’un mensonge éhonté). La vie d’une femme, une épave, naufragée de la bouteille, qui pourtant a une famille et un boulot. Enfin, si on veut: le mari est très souvent absent, le fils de 17 ans méprise sa mère et fuit chez ses copains dès qu’il en a l’occasion. Quant au travail, elle écrit de vagues articles pour une revue de psychologie, depuis son domicile et sa connexion internet, sans mettre un orteil sur le terrain, pour un patron qu’elle n’a jamais rencontré. Rédiger des articles de développement personnel quand on vit cloîtrée chez soi et qu’on respire en permanence des vapeurs d’alcool plutôt que la joie de vivre, avouez que c’est assez paradoxal.

On ne sait ni quand ni pourquoi cette femme a commencé à sombrer, mais on comprend très vite qu’elle ne cherche pas à s’en sortir, et semble se complaire dans sa soûlerie perpétuelle. “On dit que l’espoir fait vivre, alors que c’est tout le contraire. L’espoir nous épuise, il nous ronge de l’intérieur, à cause de lui sans cesse nous scrutons l’obscurité à la recherche de lumière, nous tendons les mains, nous crions à l’aide“. Mais crie-t-elle vraiment à l’aide? Son seul remède à la souffrance, c’est l’alcool, encore et toujours. Perdue sur son île déserte au milieu d’un océan éthylique, elle préfère se noyer dans sa dernière bouteille de cognac plutôt que d’y mettre un message et la balancer à la mer. Dans ces conditions, difficile d’éprouver de la compassion pour un tel personnage, qui ment, délire, s’aveugle, oublie, s’oublie, vomit, se vomit, se vautre dans la paranoïa et l’auto-apitoiement, se donne en spectacle sous les yeux de son fils, qui ne peut que s’éloigner de cette mère de plus en plus indigne.

Un texte court, avalé cul sec en quelques heures, qui raconte l’effondrement au quotidien d’une femme qui trinque dans la spirale du couple infernal alcool-solitude, dont les ravages sont parfaitement décrits. Le constat amer, brut et sec (sans glace) d’un terrible gâchis.

En partenariat avec les éditions Noir sur Blanc via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

État d’ivresse brosse le portrait d’une femme brisée qui, en s’abîmant dans l’alcool, se fait violence à elle-même. La mère d’un adolescent, en état d’ivresse du matin au soir, se trouve en permanence en errance et dans un décalage absolu avec la réalité qui l’entoure. Épouse d’un homme absent, incapable d’admettre sa déchéance et plus encore de se confronter au monde réel, elle s’enferme dans sa bulle qui pourtant menace de lui éclater au nez.

Comme dans ses deux précédents romans, on trouve sous la plume de Denis Michelis les thèmes de l’enfermement et de la violence conjugués à l’impossibilité d’échapper à son destin.

« Il ne me reste plus qu’à prendre mon élan, qu’à courir pour sortir de cette maison et ne plus jamais y revenir. Mais quelque chose m’en empêche, et cette chose se trouve là, à mes pieds : mon verre tulipe. »

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Ohlala tu nous en a fait une belle chronique, mais c’est assez anxiogène quand même ! Pour ma part, je passe mon tour… Mais merci pour ton retour 😉

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