mardi , 11 décembre 2018
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L’âge d’or

Auteur: Diane Mazloum

Editeur: JC Lattès – 22 août 2018 (416 pages)

Lu en juillet 2018

Mon avis: Beyrouth, 6 juin 1967. Georgina, à peine 14 ans, court les castings de spots publicitaires. Paraître et être admirée sont les seules choses qui comptent pour cette belle adolescente issue d’une famille chrétienne aisée. Georgina et sa bande d’amis promènent leur temps libre des bords de piscines de clubs privés aux restaurants les plus sélects, des cabanons de plage aux bars d’hôtels pour privilégiés. Sous le regard accommodant des parents, cette jeunesse dorée nage dans le bling-bling et les vanités, et s’essaie aux flirts et aux premières amours. Pour Georgina, il s’appelle Roland. L’insouciance est de mise et on n’imagine pas pourquoi il pourrait en être autrement : “Les Libanais en ce temps-là étaient fiers de leur pays. Ils en parlaient comme de la Suisse du Moyen-Orient, comme du coffre-fort du Levant, comme du Paris de l’Orient“.
Mais “leurs voisins le leur ont fait payer cher“. Parce que le 6 juin 1967, c’est le deuxième jour de la Guerre des Six Jours, lancée par Israël contre ses voisins arabes. Le Liban refuse de s’en mêler, mais cette position est difficile à tenir. Depuis la création de l’Etat hébreu en 1948, des dizaines de milliers de Palestiniens se sont exilés, et c’est dans les camps libanais de réfugiés que s’organise peu à peu la résistance palestinienne à Israël. Au grand dam du Liban, qui n’a pas les moyens militaires de contrôler les fedayin qui fomentent opérations commandos et attentats terroristes : “le Liban s’est retrouvé entraîné dans un cercle vicieux : plus Israël se venge sur le Liban, plus les tensions entre Libanais augmentent. D’un côté, les musulmans, se sentant proches des Palestiniens, soutiennent avec de plus en plus de ferveur la cause et les forces révolutionnaires et progressistes. De l’autre, les chrétiens, inquiets de perdre le contrôle de la situation, condamnent avec violence cette intrusion sur leur sol. Au milieu, les Palestiniens sont pris dans un étau : s’ils arrêtent de se battre contre les Israéliens, ils manquent à leur cause, s’ils continuent, ils contribuent à la destruction indirecte du Liban“.
Pendant que Georgina devient Miss Univers en 1971 et une starlette adulée dans son pays, Ali Hassan Salameh, fils d’un résistant palestinien de la première heure, est prêt à prendre la relève. Bientôt leader de l’organisation Septembre Noir (funestement célèbre pour la prise d’otages d’athlètes israéliens aux JO de Munich), il est pourchassé par le Mossad. Aussi improbable que cela paraisse, la belle chrétienne ultra-médiatisée, glamour et futile, et le rebelle musulman hyper-traqué, chef de guerre ténébreux et séduisant, se rencontrent et se marient, alors que le Liban s’enfonce dans un chaos “d’autant plus spectaculaire que nul ne peut vraiment dire qui se bat contre qui ni pourquoi. Chrétiens contre musulmans, droite contre gauche, Palestiniens contre Libanais, Libanais entre eux, Palestiniens entre eux : la mêlée est effroyable, et cette guerre paraît d’autant plus absurde que tous les partis concernés proclament avec une absolue sincérité qu’ils ne la souhaitent pas“. Et pourtant cette histoire est réelle, même si j’ignore jusqu’à quel point le récit est romancé.

Je dois avouer que les amours de Georgina avec Roland et Ali ne m’ont guère passionnée. De manière générale, j’ai trouvé les personnages peu attachants. Ils apparaissent superficiels et, à l’exception d’Ali, isolés dans leur bulle de richesse, sans (vouloir) voir la détresse bien réelle des camps palestiniens et sans comprendre que l’avenir de leur cher pays est sur le point de se fracasser sur cet écueil. Le traumatisme sera proportionnel à leur oisiveté.
Deux “célébrités” que tout oppose s’unissent dans une ville qui se fracture entre Est et Ouest, dans un pays qui se déchire tragiquement, et pour longtemps, voilà la trame de “L’âge d’or“. Pour moi, ce roman à l’écriture banale s’est révélé plus intéressant pour son décodage historique et politique du Liban (que je connais mal), que pour le reste. Mais c’est déjà ça.

En partenariat avec les éditions JC Lattès via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

Fin des années 1960. Rock et pattes d’éph, insouciance et soleil sur la peau satinée des femmes. Ce sont les derniers jours de l’âge d’or du Liban, mais personne ne le sait encore. Certainement pas Georgina, jeune chrétienne à la beauté troublante. Ni Roland, son premier amour, qui la guette au bord d’une piscine, dans cette torpeur suave où s’agite leur groupe d’amis noceurs, à l’ombre des conversations d’adultes et des turbines d’avion – grondement de la terreur à venir.
Pendant ce temps, Ali Hassan Salameh, fils d’un leader historique palestinien, s’apprête à prendre les armes. Il deviendra l’homme le plus beau et le plus dangereux du Moyen-Orient.
En traçant les destinées de Georgina, devenue Miss Univers, idole chérie d’un peuple enfantin, et d’Ali Hassan, chef de guerre musulman recherché de tous et surtout du Mossad, Diane Mazloum signe une fresque vibrante qui nous emporte au cœur des années 70 et de la guerre civile libanaise. Georgina est l’histoire d’un amour, d’une famille, d’un pays, dans la fièvre d’une époque où l’on se déchire entre frères. La tragédie d’un peuple pour qui rien ne sera jamais plus comme avant.

Evaluation :

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