vendredi , 23 octobre 2020

Tout pour la patrie

Auteur: Martín Caparrós

Editeur: Buchet/Chastel – 6 février 2020 (336 pages)

Lu en février 2020

Mon avis: L’Argentine en 1933, c’est une grave crise économique, un gouvernement très à droite, une fascination pour l’Allemagne nazie, de la corruption, la chasse aux anarchistes et à tout qui pense trop à gauche, le chômage, la faim, la pauvreté. Bref, le temps n’est pas au beau fixe et l’avenir ne s’annonce pas radieux. Heureusement pour les autorités en place, le football local met un peu de baume sur les cœurs, les estomacs et les esprits, comme un bout de sparadrap qui empêcherait une hémorragie révolutionnaire. Problème : la vedette du moment, Bernabé Ferreyra, se volatilise. Une disparition inquiétante qui pourrait bien devenir une affaire d’État vu les enjeux…
A court d’argent, de travail et d’idées, Andrés Rivarola, qui compose des tangos à ses heures perdues, se lance à la recherche du footeux, se disant qu’il y a là forcément un peu de blé à engranger. Naïf au grand cœur, il ne comprendra que trop tard qu’il s’est fourré dans un sale guêpier. Parce que, non content d’avoir les mafieux du sport sur le dos, il découvre que Bernabé est peut-être impliqué dans l’assassinat d’une jeune fille des quartiers chics de Buenos Aires, et Rivarola se trouve lui-même embarqué dans l’enquête. Louvoyant entre policiers, journalistes et dirigeants du club de River Plate, Andrés doit en plus composer avec sa passion pour Raquel, rousse flamboyante aussi libre que l’air.
Quand un pays fait mine d’ériger le foot en dernier opium du peuple, c’est qu’il ne va vraiment pas fort… Par la lorgnette d’une enquête médiatico-policière, l’auteur (lui-même journaliste) montre bien l’état de délabrement économique et politique de l’Argentine des années 30 et comment tout y part à vau-l’eau, avec seulement le foot, le tango et l’amour-toujours pour s’évader un peu. Une radiographie grinçante de Buenos Aires, de sa classe dirigeante et décadente et des journalistes, que l’auteur portraiture au vitriol. Quant aux victimes de cette incurie, les petites gens, il les croque avec une certaine tendresse gentiment moqueuse.
“Tout pour la patrie” (rien que le titre a un parfum de sarcasme) est un roman ironique, rythmé, réaliste, aux anti-héros attachants, sur un pays étranglé par les dettes. Je reste un peu sur ma faim, avec l’impression que l’auteur est resté en surface: il me semble que l’intrigue et les caractères auraient pu être davantage développés. Toujours est-il qu’il est frappant de constater que l’histoire qu’il raconte se passe il y a presque un siècle, mais qu’il ne faut pas faire preuve de beaucoup d’imagination pour la transposer à l’Argentine d’aujourd’hui…

En partenariat avec les éditions Buchet/Chastel via Netgalley.
#Toutpourlapatrie #NetGalleyFrance

Présentation par l’éditeur:

Buenos Aires, 1933. L’Argentine est ravagée par la crise, et seul le football semble capable d’enthousiasmer une population à genoux. Soudain, le pays tout entier retient son souffle : Bernabé Ferreyra, la star du ballon de l’époque, a disparu. Andrés Rivarola, dit Petit, un travailleur à la petite semaine – accessoirement ami du dealer de Ferreyra –, se lance à sa poursuite. Mais un assassinat dans un quartier du nord de la ville menace de faire basculer l’affaire en scandale national…

D’une fluidité admirable, ce thriller historique aux coups de théâtre fait revivre le Buenos Aires des années 1930 – une ville de littérateurs, de fins gourmets, de voyous où Petit finira même par croiser le grand Borges ! Tout en retraçant l’enfance des deux passions argentines : le football et le tango.

Evaluation :

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