lundi , 11 décembre 2017
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Expo 58

Auteur: Jonathan Coe

Editeur: Gallimard – 2014 (336 pages)

Lu en septembre 2017

Mon avis: My goodness, que la vie de Thomas Foley est morne ! Qu’elle est prévisible, cette existence étriquée de fonctionnaire anonyme du Ministère de l’Information de sa Très Gracieuse Majesté ! Métro-boulot-dodo, à peine trente ans, marié et un enfant en bas-âge, et on se demande déjà si on a fait le(s) bon(s) choix ? Ce train-train quotidien, qui plus est dans la grisaille londonienne, est-ce là le rêve d’une vie ?
Heureusement, nous sommes en 1958, et un rayon de lumière s’apprête à percer la chape de brume qui pèse sur le trench-coat de Thomas. 1958, c’est l’Expo Universelle de Bruxelles et son Atomium flambant neuf, ses neuf (aussi) sphères qui brillent au soleil (oui oui il y a du soleil en Belgique), la « Belgique joyeuse » qui blinque (comprenne qui pourra) tout feu tout flamme pour accueillir les visiteurs du monde entier et être au centre de l’univers pendant six mois. Thomas se voit confier (et accepte avec enthousiasme) une mission apparemment anodine : veiller, pendant les six mois de l’événement et pour le compte de son gouvernement, au bon fonctionnement d’un pub tout ce qu’il y a de plus british, construit à côté du Pavillon britannique de l’Exposition. Anodine, vous avez dit anodine ? Voire. Si 1958, c’est l’optimisme de l’après-guerre, le progrès technique au service de la paix dans le monde, c’est aussi la méfiance, la guerre froide, USA vs URSS, et le progrès technique au service de l’armement nucléaire. Donc Bruxelles est (aussi/déjà) un nid d’espions, où Thomas n’aura pas la vie aussi tranquille qu’il l’imaginait. Sans compter les charmantes hôtesses d’accueil de l’Expo qui offrent quelques sympathiques compensations à notre 007 malgré lui.
Car bien entendu, ceci n’est pas un vrai roman d’espionnage. Si Jonathan Coe était le nouveau John le Carré, ça se saurait, non ? Bref, ce roman tient plutôt de la parodie, avec espions de pacotille, qui font furieusement penser aux Dupont-Dupond, en plus inquiétants quand même, esbroufe, poudre aux yeux et manipulations à tire-larigot, doubles jeux, chantages, menaces et disparitions, le tout enrobé d’un humour anglais malheureusement pas toujours très incisif. Malgré les rebondissements, tout cela manque de souffle, se traîne un peu et n’est pas réellement captivant. Trop de choses inabouties ou bâclées, qui tournent court ou sont prévisibles. L’auteur tire le portrait d’une époque et d’un pays, l’Angleterre des années 50, tiraillée entre tradition et modernité, et il rend bien l’atmosphère de la période (enfin je crois, je n’y étais pas), mais en dehors de cela, j’ai trouvé ce roman un brin candide, trop nostalgique, et surtout dépourvu de la verve et/ou de l’ambition habituelles de J. Coe. Et, pour la popote belgo-belge, il me semble que dans ce roman la Belgique a été un peu trop réduite à sa moitié néerlandophone. A lire la page des remerciements, ceci expliquera peut-être cela.

Présentation par l’éditeur:

Londres, 1958. Thomas Foley dispose d’une certaine ancienneté au ministère de l’Information quand on vient lui proposer de participer à un événement historique, l’Exposition universelle, qui doit se tenir cette année-là à Bruxelles. Il devra y superviser la construction du Pavillon britannique et veiller à la bonne tenue d’un pub, Le Britannia, censé incarner la culture de son pays. Le jeune Foley, alors qu’il vient de devenir père, est séduit par cette proposition exotique, et Sylvia, son épouse, ne voit pas son départ d’un très bon œil. Elle fera toutefois bonne figure, et la correspondance qu’ils échangeront viendra entrecouper le récit des nombreuses péripéties qui attendent notre héros au pays du roi Baudouin, où il est très vite rejoint par de savoureux personnages : Chersky, un journaliste russe qui pose des questions à la manière du KGB, Tony, le scientifique anglais responsable d’une machine, la ZETA, qui pourrait faire avancer la technologie du nucléaire, Anneke, enfin, l’hôtesse belge qui va devenir sa garde rapprochée…
Coe embarque le lecteur dans une histoire pleine de rebondissements, sans que jamais la tension ne retombe ou que le ridicule ne l’emporte. Sous la forme d’une parodie de roman d’espionnage, il médite sur le sens de nos existences et dresse le portrait d’un monde disparu, l’Angleterre des années 1950, une société tiraillée entre une certaine attirance pour la liberté que semble offrir la modernité et un attachement viscéral aux convenances et aux traditions en place.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Pas enthousiasmée par ta critique, je me fais quand même plaisir en ne l’ajoutant pas à ma PAL ! Pourtant, j’aurais aimé en connaître un peu plus sur cette expo de 58.

    • Sylvie

      Dans la page « remerciements », l’auteur renvoie entre autres à un livre « Expo 58…ambiance! » de Jean-Pierre Rorive, paru en 2008 chez Tempus. C’est peut-être une bonne source… 😉