mercredi , 27 mai 2020

Imaginer la pluie

Auteur: Santiago Pajares

Editeur: Actes Sud – 2017 (304 pages)

Lu en février 2020

Mon avis: Imaginez-vous ne rien connaître de la civilisation ni du monde des hommes. Imaginez-vous n’avoir rien connu d’autre dans votre jeune vie que le désert, le soleil, le sable et les cailloux, deux palmiers, un potager minuscule, un puits et des lézards. Et un seul être humain : votre mère. Si vous y arrivez, vous comprendrez pourquoi Ionah ne peut qu’imaginer la pluie, et toutes les autres choses du monde d’avant, que sa mère tente de lui décrire. Parce qu’elle est une rescapée de ce monde détruit par la folie humaine, et qu’elle a trouvé refuge, avec Ionah encore bébé, au fond du désert. Et parce qu’elle sait qu’un jour elle mourra et qu’il se retrouvera seul, elle lui transmet ses souvenirs, lui expliquant tout ce qu’elle peut, des choses du quotidien aux concepts plus abstraits : la guerre, l’envie, la cupidité. Elle sait qu’un jour Ionah devra partir, traverser le désert pour retrouver le monde des hommes, alors, depuis le début, elle le prépare à survivre avec l’essentiel, tout en lui faisant comprendre que ce sont le besoin de possession et de consommation qui ont mené les hommes à leur perte.

Il y a l’expression “forêt vierge”, ici il faut la transposer au désert que connaît Ionah, vierge de tout, comme lui-même d’ailleurs. Un désert comme une matrice originelle, l’aube d’un monde nouveau, épuré du non essentiel, où tout a commencé et où tout va peut-être pouvoir recommencer sur des bases pures. Car c’est le destin de chaque enfant de sortir de cette matrice protectrice, de se construire, de trouver son chemin. Ionah devra traverser le désert, dans le silence, la solitude et la peur qui lui font tutoyer la folie. Que trouvera-t-il de l’autre côté ?

Quitter un havre de paix, une zone de confort, un monde connu mais précaire et limité, pour un ailleurs incertain, inconnu mais peut-être heureux et infini de possibilités, tel est le risque à prendre. Ionah ignore si le voyage en vaut la peine, mais il part, pour tenir la promesse faite à sa mère.

Imaginer la pluie” est une fable poétique, un conte initiatique qui nous ramène aux questionnements essentiels : pourquoi la vie, quel sens lui donner, qu’est-ce que l’humanité, l’enfer, est-ce les autres ? Avec ses personnages attachants, ce texte d’une beauté dépouillée et sans artifices montre combien la pureté des intentions et des sentiments est fragile quand elle est confrontée à l’âpreté du monde “civilisé”. Entre les deux, il faut trouver sa place, son abri, son refuge, en préservant si possible son humanité. C’est cela, “Imaginer la pluie“.

Présentation par l’éditeur:

Il n’a jamais connu que les dunes et le désert, et pour toute compagnie sa mère qui lui raconte un monde détruit par la folie des hommes. Ici point de rose à soigner, point de renard ou d’astéroïde à chérir. La nostalgie n’a pas cours, seul compte ce qui autorise la survie : un appentis pour s’abriter des tempêtes de sable ; quelques palmiers et un puits ; beaucoup de lézards – et de rares légumes.
Consciente que son petit prince devra un jour désirer autre chose, la mère fait de lui le dépositaire de ses souvenirs. Elle lui représente ce qui composait l’existence d’avant : le goût du café fumant, l’arôme des fleurs, la rosée du matin sur les fougères, les notes d’un piano – mais aussi la haine, la cupidité et la guerre. Elle sait qu’un jour il faudra partir, s’arracher à ce lieu familier mais précaire.
À la mort de sa mère, terrassé par le silence, le garçon entreprend un long voyage pour revenir vers les hommes.
Fable exquise sur le désert intérieur de chacun, composé d’épreuves, de solitudes et de mirages, Imaginer la pluie s’attache à l’inventaire de ce qui est réellement indispensable à notre bonheur.

Une citation:

– Tu es un coursier. Tu as quelque chose à livrer.
– Mais je ne peux pas sortir d’ici.
– Tu trouveras bien un moyen.
– Tu as passé ta vie ici et tu n’as toujours pas trouvé le moyen d’en partir.
– Parce que j’ai peur.
– Et moi donc!
– Tu as quelque chose de plus fort que la peur.
– Quoi donc?
– Des gens qui t’attendent.

– Tu es toujours morte, n’est-ce pas?
– La mort est une traversée d’où personne n’est revenu, Ionah.
– Ah, je préfère presque cela. Je ne supporterais pas que tu meures encore une fois. 

Evaluation :

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