mercredi , 21 février 2024

La confession de la lionne

Auteur: Mia Couto

Editeur: Métailié – 2015 (233 pages)

Lu en juin 2023

Mon avis: A Kulumani, village de brousse mozambicain, des lions attaquent les habitants. Le chasseur Arcanjo Baleiro est envoyé sur place pour abattre les fauves et ramener la sécurité et le calme.
Sur ce pitch très simple, Mia Couto construit un roman (inspiré de faits réels qu’il a lui-même vécus) bien plus complexe et subtil. Tout d’abord, il tisse le récit avec deux fils narratifs, celui du chasseur Arcanjo, et celui de Mariamar, jeune femme d’une trentaine d’années et soeur de la dernière victime des lions. Ensuite, Mia Couto brouille constamment les pistes et la frontière entre rêve, réalité, malédictions et magie. Les lions sont-ils des animaux, des hommes, des esprits ? Sont-ils d’ailleurs des lions, ou des lionnes ? Une chose est sûre : les victimes sont toujours des femmes, soumises à et dévorées par la volonté d’un patriarcat abusif et révoltant.
A travers les récits d’Arcanjo et de Mariamar, qui se coltinent chacun de fameux démons du passé, la belle écriture de Mia Couto nous embarque dans une lecture étrange et énigmatique, mais peu fluide, qui dénonce la cruauté des hommes envers les femmes.

Présentation par l’éditeur:

Lorsque le chasseur Arcanjo Baleiro arrive à Kulumani pour tuer les lions mangeurs d’hommes qui ravagent la région, il se trouve pris dans des relations complexes et énigmatiques, où se mêlent faits, légendes et mythes.

Une jeune femme du village, Mariamar, a sa théorie sur l’origine et la nature des attaques des bêtes. Sa sœur, Silência, en a été la dernière victime. L’aventure est racontée par ces deux voix, le chasseur et la jeune fille, au fil des pages on découvre leurs histoires respectives.

La rencontre avec les bêtes sauvages amène tous les personnages à se confronter avec eux-mêmes, avec leurs fantasmes et leurs fautes. La crise met à nu les contradictions de la communauté, les rapports de pouvoir, tout autant que la force, parfois libératrice, parfois oppressive, de leurs traditions et de leurs croyances.

L’auteur a vécu cette situation de très près lors d’un de ses chantiers. Ses fréquentes visites sur le théâtre du drame lui ont suggéré l’histoire inspirée de faits et de personnages réels qu’il rapporte ici.

Clair, rapide, déconcertant, Mia Couto montre à travers ses personnages forts et complexes la domination impitoyable sur les femmes, la misère des hommes, la dureté de la pénurie et des paysages.

Un grand roman dans la lignée de L’Accordeur de silences.

Quelques citations:

La seule façon de s’échapper d’un endroit: c’est de sortir de nous. La seule façon de sortir de nous: c’est d’aimer quelqu’un.

Adjiru avait raison: la tristesse ce n’est pas pleurer. La tristesse c’est ne pas avoir devant qui pleurer.

Ecrire est une vanité dangereuse. Ca fait peur aux autres…

Ecrire ce n’est pas comme chasser. Il faut beaucoup plus de courage. Ouvrir son cœur comme ça, m’exposer sans arme, sans défense…

L’administrateur est plus explicite: il y a dans le village un serpent qui circule dans le silence des toits et le long des chemins. Cette créature venimeuse cherche les gens heureux pour les mordre et les empoisonner, sans qu’ils ne s’en aperçoivent jamais. Voilà pourquoi à Kulumani, tout le monde souffre du même malheur. Tout le monde a peur, peur de la vie, peur des amours, même peur des amis. Les uns appellent ce monstre « diable ». D’autres « shetani ». Cependant la plupart l’appellent « serpent boiteux ». L’écrivain interrompt ce long récit: – Pardonnez-moi, mon cher administrateur, mais pour moi, ce serpent c’est nous-mêmes.

Une armée de brebis dirigée par un lion est capable de vaincre une armée de lions dirigée par une brebis.

C’était ce à quoi j’aspirais: une inondation qui balayât ce monde. Ce monde qui obligeait une femme comme Hanifa à avoir des enfants, mais qui ne la laissait pas être mère, qui l’obligeait à avoir un mari, mais ne permettait pas qu’elle connût l’amour.

Evaluation :

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