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L’aventuriste

Auteur: J. Bradford Hipps

Editeur: Belfond – Rentrée littéraire hiver 2018 (352 pages)

Lu en janvier 2018

Mon avis: « Aventuriste, n. inv. (politique) : personne ayant tendance à prendre des décisions irréfléchies en politique ». Foin de politique dans ce roman, sauf s’il s’agit de politique d’entreprise, auquel cas on est en plein dans le sujet. Bienvenue donc dans le monde merveilleux de Cyber, boîte made in USA qui conçoit et vend des logiciels, ce qui permet de gagner beaucoup d’argent. La présentation de ce joyeux univers est assurée par Henry Hurt, le narrateur. La trentaine, cet ingénieur est le directeur du département technique de la société. Un gars sympa, humain, loyal, qui veut juste gagner beaucoup d’argent, sans pour autant racler le parquet avec les dents. Jusque là, la vie à Cyber était belle. Mais pas de faux semblants entre nous, soyons honnêtes et jouons franc jeu, on ne va pas se mentir, avouons que Cyber va mal. L’objectif des ventes pour le trimestre en cours menace dangereusement de ne pas être atteint, et les 200 employés ont une épée de Damoclès suspendue à un fil ténu au-dessus de leurs têtes. Le sauvetage s’organise : les quatre plus hauts cadres de l’entreprise, dont Henry, partent en road-show pendant une semaine afin de convaincre quelques gros acheteurs potentiels.
Et c’est ça, le sujet du livre ? Pas que. Depuis quelques temps, Henry se pose une grave question : a-t-il une chance avec Jane, sa collègue du marketing, coincée dans un mariage peu réjouissant ? Et il y a surtout toutes les questions qu’Henry ne veut pas affronter : est-il heureux dans son travail, ou pire, dans sa vie ? Saura-t-il se contenter d’une vie qui ne tourne qu’autour d’un seul axe : gagner de l’argent ? Et comment a-t-il encaissé le décès de sa mère un an auparavant ? Comment va-t-il gérer le déclin de son père ? Sa relation autrefois tellement complice avec sa soeur ne menace-t-elle pas de se détricoter ? Toutes ces réflexions et des souvenirs qui remontent du passé se téléscopent dans le crâne d’Henry pendant le fameux road-show. Il en arrive à la conclusion « qu’une vie calme et banale (càd qui se résume à gagner du fric) est intolérable et que la seule façon de s’en sortir, c’est de s’attaquer à des moulins à vent ». Et notre Don Quichotte anti-héroïque de prendre effectivement des vessies pour des lanternes. Erreur d’appréciation (consciente ou non; Dr Freud, vous tenez là un beau cas d’étude), décision irréfléchie, et patatras, notre Aventuriste échoue pathétiquement dans sa noble bataille. Fin de l’histoire. Et sa morale, son sens ? Ben euhh c’est bien mon problème, je n’ai pas compris. Ce n’est pas que c’est mal écrit, le cynisme du monde de l’entreprise est bien rendu, mais toutes ces descriptions et réflexions plus ou moins existentielles ne mènent pas très loin, ou alors ça m’a échappé. Le personnage d’Henry est peu attachant, fuyant devant la réalité, paumé dans sa vie, un gamin qui refuse de grandir et qui pleure à chaudes larmes quand il casse son jouet. Un « héros » passif, déprimé et déprimant, pour une histoire sans grand intérêt et une vision peu enthousiasmante de la vie professionnelle et de la société en général. « Une vie calme et banale à gagner du fric (…) Combien de millions de gens vivent ainsi ? »

En partenariat avec les Editions Belfond via le réseau Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

Porté par un redoutable sens de l’observation et une écriture élégante, un premier roman vif qui nous emmène au cœur d’un des derniers champs de bataille modernes : l’entreprise. L’épopée piquante et douce-amère d’un de ces aventuristes, un homme à la croisée des chemins, coincé entre aspirations professionnelles, obligations familiales et envies d’ailleurs.

Henry Hurt, c’est vous, c’est moi. Le type normal, la trentaine, célibataire, petit propriétaire qui occupe un poste confortable dans une boîte d’informatique. Le collègue sympa qui paie le café, rit aux bonnes blagues et flirte avec Jane du marketing. Le commercial discret mais efficace, pas le requin mais celui à qui on peut confier une mission en toute tranquillité. 
Mais comme vous, comme moi, Henry doute parfois. Il se demande si sa vie entière doit tourner autour de son job. S’il doit continuer de courir après cette augmentation qu’on lui promet depuis trop longtemps. S’il a seulement un avenir avec Jane du marketing. 

Et puis, comme vous, comme moi, Henry retourne parfois dans sa famille. Il voit son père qui décline, sa sœur qui a dû sacrifier sa carrière. Il observe cette ville où il a grandi et se demande s’il ne serait pas temps de tout envoyer valser… 

Mais l’aventuriste est-il seulement un aventurier ? 

Evaluation :

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2 commentaires

  1. C’est certain, celui-là ne rejoindra pas ma PAL, le thème est trop cliché et si en plus le personnage n’est pas loin d’être antipathique, pas besoin de se forcer ! Merci pour le partage !

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