dimanche , 18 novembre 2018

Janet

Auteur: Michèle Fitoussi

Editeur: J.-C. Lattès – 5 septembre 2018 (384 pages)

Lu en septembre 2018

Mon avis: Janet Flanner est née en 1892 à Indianapolis, dans une famille quaker. Sa mère, qui s’étiole dans sa vie de femme au foyer et qui s’est toujours rêvée artiste, projette ses désirs frustrés sur ses trois filles, les poussant vers le théâtre ou la musique. Pour Janet, ce sera l’écriture. Habitée par la ferme intention de devenir un grand écrivain, elle est pressée de quitter sa cambrousse étriquée de l’Indiana, et à la première occasion, épouse un camarade d’études qui l’emmène à New York. Janet espère que l’amour viendra avec le temps, mais elle sait pourtant qu’elle est exclusivement attirée par les femmes. Tout aussi attirée par Paris, elle ne tarde pas à quitter son mari et à s’installer dans la Ville Lumière avec son amante, Solita, juste après la Première Guerre mondiale. C’est la décennie des Années Folles, et Janet fréquente tout ce que Paris compte d’artistes, les expatriés américains tels Hemingway ou Gertrude Stein, mais aussi les Picasso, Breton, Diaghilev,… Dans le tourbillon de sa nouvelle vie, Janet tente toujours de mener à bien son projet de roman (le futur « The Cubical City »), mais c’est dans le journalisme qu’elle brillera, et pas qu’un peu. Nommée correspondante à Paris du magazine New Yorker, tout juste porté sur les fonts baptismaux, elle en deviendra l’indéboulonnable chroniqueuse, croquant, dans des articles moins futiles qu’il n’y paraît, la vie culturelle et intellectuelle parisienne. Après la Dépression de 1929 et à l’approche de la Deuxième Guerre mondiale, ce sont ses portraits et enquêtes qui la rendront célèbre. Hitler, Pétain, De Gaulle, Malraux,…, aucun n’échappe à sa plume perspicace.
Elle ne le sait pas encore, mais elle a inventé le journalisme littéraire, bien avant qu’on en attribue la paternité à Truman Capote ou Tom Wolfe. Janet Flanner fut une des plus grandes journalistes de son temps, mais elle ne le comprit qu’à la fin de sa vie, quand elle reçut le National Book Award. Obnubilée par son rêve d’être écrivain et le désir de réaliser ainsi le souhait de sa mère, elle s’affligeait de n’être « que » journaliste.
La biographie que lui consacre Michèle Fitoussi a le mérite de braquer le projecteur sur cette personnalité méconnue (voire inconnue pour moi), ainsi que sur son époque. On y découvre une femme à la fois réservée, peu sûre d’elle, n’affichant pas explicitement sa sexualité, et en même temps déterminée et avide de liberté, d’amour, de culture, d’aventure, et qui réussit à s’imposer dans un milieu d’hommes. L’écriture de Michèle Fitoussi est assez plate, factuelle, avec des séries d’énumérations des célébrités de l’époque fastidieuses comme un bottin mondain ; la psychologie aurait pu être approfondie. Toujours est-il que cette femme discrètement flamboyante qui voulait être « la voyageuse de son siècle » méritait sans conteste ce bel hommage.

En partenariat avec les éditions J.-C. Lattès via Netgalley.

Présentation par l’éditeur:

L’histoire de Janet Flanner est indissociable de celle du New Yorker, dont elle fut la correspondante à Paris pendant un demi-siècle.
Féministe, pacifiste, gay, séductrice, brillante styliste à l’humour mordant, cette Américaine fut une figure du Paris intellectuel et artistique d’après-guerre. Dès les années trente, elle perçut la menace totalitaire. Chroniqueuse de la vie parisienne, elle s’improvisa alors journaliste politique et enquêtrice, et parcourut l’Europe pour témoigner de son temps – Hitler, Pétain, Nuremberg, le maccarthysme, Matisse, Braque, Malraux, De Gaulle comptent parmi ses reportages et portraits les plus marquants.
Pour la première fois, Michèle Fitoussi fait revivre celle qui, bien avant Truman Capote, Tom Wolfe ou Gay Talese, inventa le journalisme littéraire, mais qui n’accéda à la célébrité qu’à la fin de sa vie, lorsque le National Book Award la couronna.
Cette biographie qui se lit comme un roman, et où l’on croise Ernest Hemingway, Nancy Cunard, Sylvia Beach, Natalie Barney ou encore Gertrud Stein, nous transporte d’Indianapolis à Orgeval, du Paris de la lost generation à l’Amérique du New Yorker, sur les traces d’une femme résolument libre, qui voulait être la voyageuse de son siècle.

Evaluation :

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2 commentaires

  1. Et bien, j’avoue que comme toi, je ne connaissais pas cette femme et c’est un bel hommage que de la mettre dans la lumière aujourd’hui. Merci poir cette découverte.

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