dimanche , 18 avril 2021

La République des femmes

Auteur: Gioconda Belli

Éditeur: Yovana – 8 mars 2021 (254 pages)

Lu en mars 2021

Mon avis: Dans un pays fictif d’Amérique centrale, le Parti de la Gauche Erotique* a pris le pouvoir. A part ce nom accrocheur, qu’a-t-il donc de particulier, ce parti ? Figurez-vous qu’il a été créé à partir d’un groupe de femmes, cinq amies (“des femmes belles et passionnées“), qui en ont eu assez des inégalités et des violences de genre, du patriarcat et de la corruption. Elles ont alors établi un programme et des slogans qui prennent tous ces maux à contre-pied, et se sont lancées dans la bataille des élections présidentielles avec Viviana, leur meneuse. Nettoyer le pays et en prendre soin comme d’un enfant, instaurer une réelle égalité, valoriser les compétences et le rôle des femmes, voilà leurs grands objectifs.

Le roman démarre alors que Viviana, Présidente depuis quelques semaines, est victime d’un attentat. Plongée dans le coma, elle erre dans les limbes et revit les épisodes de son passé qui l’ont conduite à la tête du pays. En alternance, on suit les différents membres de son entourage dans leurs actions et réactions à cet attentat et à la nécessité de gérer la vacance du pouvoir, face à l’opposition qui réclame de nouvelles élections.

Bon alors, comment dire… Tout cela ne m’a pas convaincue:

Instaurer un état gynocratique dans lequel tous les postes à responsabilités seraient occupés par des femmes, tandis que les hommes sont renvoyés (certes seulement six mois) à la maison pour se rendre compte de l’ampleur des tâches domestiques et parce que “les femmes avaient besoin de gouverner seules pendant quelque temps” pour pouvoir s’affirmer en toute liberté et prendre conscience de leurs capacités : moui… j’ai du mal à y faire coller le concept de parité ou d’égalité, mais si c’est temporaire et à des fins “éducatives” pour ces messieurs, à la limite…

L’idée de “vouloir être comme des mères pour les nécessiteux, de nettoyer le pays de fond en comble comme on le fait pour une maison mal entretenue, de donner un grand coup de balai“, bref de fonder un parti “maternel“, voilà qui renvoie à la femme dans ses rôles de femme au foyer et de mère, et qui en donne une image (un cliché?) maternelle, attentionnée, sensible, solidaire avec ses pairs, responsable. Comme si toutes les femmes n’étaient que ça, et comme si tous les hommes n’étaient que le contraire, ne s’intéressant “qu’aux seins et aux fesses des femmes mais pas à leurs idées” et craignant leur intelligence.

Les femmes du PIE doivent en partie leur victoire électorale à une éruption volcanique dont les émanations toxiques ont provoqué pendant plusieurs mois une baisse du niveau de testostérone des hommes, les laissant “abattus, incapables de réagir“. Perso, je n’en serais pas très fière. A vaincre sans péril…

Croire qu’on va résoudre les inégalités de genre et le plafond de verre en multipliant les crèches, pour que les femmes n’aient plus à choisir entre carrière et famille, euh… vraiment ?

Et le pompon, à propos de la dépénalisation de l’avortement : “on s’occupera tellement bien d’elles [des femmes qui veulent avorter] qu’elles verront la grossesse comme un épanouissement personnel, un accès à des avantages sociaux et non pas comme quelque chose qui les obligera à vivre dans la pauvreté ou à renoncer à leurs projets d’avenir. Pour abolir l’avortement, il ne faut pas l’interdire, mais arrêter de pénaliser la maternité“. Comme si toutes les femmes rêvaient d’être mères (et de bénéficier des avantage sociaux qui vont avec). Les bras m’en tombent.

Le meilleur pour la fin, peut-être : comment financer les dépenses de ce programme ? En faisant du pays le premier exportateur mondial de fleurs coupées. Parce que “quoi de plus féminin que les fleurs ?” Et on ne parle évidemment pas de l’impact carbone des avions cargos réfrigérés pour distribuer ces fleurs aux quatre coins de la planète.

Bon allez, je me calme, et je conclus en disant que je suis donc fort déçue par ce roman-fable qui, malgré quelques idées intéressantes et louables, est trop simpliste, réducteur, donc difficile à prendre au sérieux et pas vraiment drôle. Ecrit en 2010, il donne une vision décalée (dépassée?) du féminisme, et pour moi ça ne fonctionne pas.

En partenariat avec les Editions Yovana.

*en espagnol Partido de la Izquierda Erotica, PIE, qui signifie aussi pied, d’où le logo aux ongles vernis en rouge, et tous les jeux de mots qui en découlent dans le roman.

Présentation par l’éditeur:

La petite république latino-américaine de Faguas est secouée par un attentat perpétré contre sa Présidente, Viviana Sansón. Plongée dans le coma, elle revit les moments clés de son existence et l’ascension fulgurante de son Parti de la Gauche Erotique, OVNI politique issu d’un groupe de femmes lassées par des décennies d’incurie masculine. Leur audace, leur créativité et un coup de pouce du volcan Mitre leur ont ouvert les portes du pouvoir.
La Présidente et ses ministres hautes en couleur se sont engagées à faire briller le pays comme un sou neuf et à instaurer l’égalité entre les sexes. Mais on ne déboulonne pas les vieux modèles machistes sans rencontrer quelques résistances en chemin… A l’instar des femmes qu’elle met en scène, l’aventure politique imaginée par Gioconda Belli est inspirante et culottée.

Evaluation :

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